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Mobilité estudiantine : les Burundais formés à l’étranger de retour

Certains Burundais formés à l’étranger reviennent entreprendre au Burundi, d’autres essayent de s’insérer sur le marché du travail malgré quelques défis… Témoignages.

Fablice Manirakiza, jeune entrepreneur burundais résidant en Australie, s’est lancé dans le tourisme et l’immobilier. Titulaire d’un diplôme de l’université de Melbourne, l’idée d’entreprendre au Burundi lui est venue à l’esprit en 2010 lors d’un voyage à l’intérieur du pays : « En parcourant le pays, j’ai été frappé par la beauté du Burundi et les nombreuses opportunités qu’il offre. C’est à ce moment-là que j’ai envisagé la création de la société Come and See Burundi. »

Cependant, cet entrepreneur est retourné en Australie sans enregistrer son entreprise, car il ne savait pas comment procéder pour obtenir les autorisations nécessaires. Un autre obstacle s’est dressé sur son chemin : la corruption : « Les proches qui pouvaient m’aider dans ces démarches administratives n’étaient pas assez informés et d’autres qui en étaient capables demandaient des pots-de-vin. »

Dans ces conditions, difficile d’accorder sa confiance, surtout qu’à l’époque, soutient-il, de nombreux Burundais de la diaspora qui souhaitent entreprendre au Burundi sont victimes d’escroqueries de la part de locaux.

Une aventure entrepreneuriale jalonnée de défis

Mais à force de courage et après plusieurs tentatives infructueuses, le jeune homme parvient à démarrer les activités. Sur terrain, tout n’est pas rose pour autant, à commencer par l’absence d’outils de travail nécessaires pour sa nouvelle entreprise, comme la connexion internet : « L’absence d’infrastructures développées est un défi majeur pour les jeunes en provenance de l’étranger notamment l’internet. En Australie, nous utilisons la connexion internet 5G alors que le Burundi se contente de 4G », regrette-t-il.

Préoccupation partagée par le Professeur Désiré Manirakiza, coordonnateur du programme d’Autonomisation Économique pour l’emploi des jeunes (PAEEJ), qui soutient en passant l’interdépendance des économies à l’heure du numérique et leur large dépendance d’une main d’œuvre de qualité.

D’où son appel à plus d’initiative entrepreneuriale et d’insertion professionnelle de ces étudiants formés à l’étranger : « Le milieu estudiantin inculque aux jeunes des valeurs interculturelles. Au sein de ces universités, ils apprennent comment vivent et s’organisent d’autres sociétés, ce qui leur permet de s’intégrer facilement sur le marché du travail. »

Outre ce défi, l’environnement social représente un autre obstacle pour les jeunes entrepreneurs burundais ayant passé beaucoup de temps à l’étranger. Selon le coordinateur du PAEEEJ, ces jeunes qui ont vécu à l’étranger et qui apportent des projets dans le cadre du PAEEJ éprouvent des difficultés à s’intégrer sur le plan social : « Ils quittent les pays étrangers où tout est bien ordonné et structuré et espèrent retrouver la même organisation au Burundi, mais en vain. Ce qui suscite de la frustration. »

Face à cette situation, le PAEEJ explique aux jeunes que l’environnement social agit comme un régulateur d’actions dans la société, et qu’ils doivent s’adapter pour mener à bien leur projet. 

Les médecins retournés au Burundi témoignent

Malgré l’incompréhension qui entoure souvent le choix d’un burundais de revenir travailler dans son pays après ses études à l’étranger, certains étudiants burundais retournent travailler au Burundi après leurs études.

Docteur Lionel Dushime, médecin spécialiste dans la prise en charge de la santé des nourrissons et des enfants, est revenu travailler au Burundi après ses études de 3ème cycle en France.
Pour lui, le choix de revenir ou pas dépend des objectifs personnels de tout un chacun : « Pour ma part, mes objectifs d’études à l’étranger ont été atteints et je voulais mettre mes compétences au service de mon pays ».

Les besoins en compétences au Burundi, explique-t-il, sont tout aussi cruciaux, voire plus, que dans d’autres pays.
Malgré les tentatives des Français de le retenir en lui offrant un salaire attractif, le Dr. Dushime a préféré demeurer fidèle à son engagement envers son pays.

Ildefonse Nduwimana, kinésithérapeute et enseignant à l’Institut National de la Santé Publique, a quant à lui eu l’opportunité d’aller étudier à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. A cette époque, le Burundi ne disposait pas d’un département consacré à l’enseignement de la kinésithérapie : « Pour moi, c’était une occasion d’apprendre et de revenir contribuer à l’amélioration de la santé des burundais et former mes concitoyens. »

Quid de l’insertion professionnelle 

Malgré le succès des deux médecins et leur intégration sur le marché du travail, ils ont décidé de se lancer dans l’entrepreneuriat. Convaincu que l’initiative privée est la clé pour réussir, Lionel Dushime a décidé d’entreprendre : « J’ai ouvert mon cabinet médical privé après mes études à l’étranger. D’ailleurs, c’est aussi facile de décrocher un emploi dans le secteur public lorsque tu as une expérience aguerrie. »

De son côté, Ildefonse Nduwimana a facilement été engagé en tant qu’enseignant en kinésithérapie à l’INSP, comblant un besoin crucial de personnel soignant en la matière.

Pour lui, les étudiants formés dans des universités étrangères s’intègrent facilement sur le marché du travail : « Ils acquièrent plus de compétences que ceux qui fréquentent des universités locales, ce qui les place dans une position favorable sur le marché du travail. »

En outre, à l’étranger, les étudiants apprennent à se vendre sur le marché du travail. D’après Lionel Dushime, il a bénéficié de la part de l’université de formations complémentaires sur des sujets comme la manière d’écrire un CV, l’utilisation de l’outil informatique, l’élaboration d’un projet, ce qui lui a été d’une grande importance à son retour au pays.

Même son de cloche chez Ildefonse Nduwimana : « Là où j’ai étudié, à l’Université catholique de Louvain, il y avait un département qui enseignait aux étudiants de rédiger un curriculum vitae et comment utiliser les réseaux sociaux. Ça m’a vraiment aidé. »

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