Le 5 octobre de chaque année, le monde célèbre la journée internationale des enseignants. L’objectif étant de sensibiliser à l’importance et au rôle des enseignants. Qu’en est-il au Burundi. Quelle place occupent-ils dans notre imaginaire, quid de la qualité de leur profession. Le point.
25% de la population Burundaise est constituée par des élèves et une moindre proportion des étudiants. Il est donc intéressant de réfléchir sur le métier de l’enseignant en raison de son importance et de son rôle social.
La responsabilité et le rôle social de l’enseignant
L’enseignement est, plus qu’un job, un métier, à la demande sociale. En effet, le programme de l’Agenda Education 2030 adopté en 2015 appelle les pays à garantir, jusqu’en 2030, aux enfants et aux jeunes du monde entier, l’accès à une éducation inclusive et équitable de qualité et des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.
Faut-il le répéter. L’enseignement est avant tout un métier valorisant, dont la mission est de développer le potentiel de chaque enfant, afin de lui fournir les clés nécessaires pour réussir son parcours scolaire, lui donner le goût d’apprendre tout au long de sa vie et de penser par lui-même afin de s’adapter à l’environnement socio-professionnel en perpétuelles mutations.
Devenir enseignant, c’est exercer un métier passionnant et exigeant. Celui de participer à la construction de la société en transmettant son savoir et en valorisant les compétences des élèves. Être enseignant offre la possibilité de se renouveler chaque jour et d’être acteur d’un système éducatif en évolution.
Le bon enseignant est donc à l’écoute, plus que de ses élèves, de la société entière. Il essaie de s’adapter au profil de chaque élève pour lui permettre de développer son potentiel et lui transmettre l’ensemble des valeurs dont l’enfant a besoin pour son épanouissement. Guidé par l’ambition de favoriser la réussite scolaire des élèves dont il a la responsabilité, l’enseignant doit mobiliser les compétences didactiques et pédagogiques dans l’enseignement d’une ou plusieurs disciplines mais également relationnelles.
La crise de l’éducation est généralisée et n’échappe ni à personne ni à aucun secteur de la vie de nos sociétés. Elle touche aussi bien l’école que la famille. Elle ne concerne pas seulement l’efficacité des apprentissages proposés aux jeunes, notamment en vue de leur intégration dans la société. Elle fragilise également l’initiation aux valeurs qui permettent la construction de la personnalité et la cohésion sociale, qui sont des piliers du développement économique et social de toute société, et davantage celle qui essaie de sortir des moments troubles de son histoire comme la nôtre. Ainsi, plus que son rôle classique de transmettre des connaissances livresques, l’enseignant est un coach, un animateur, un médiateur. Le métier de l’enseignant c’est une profession, mais aussi une vocation, sur laquelle repose l’avenir de la nation.
D’ailleurs, lors de l’émission publique des Ministres tenue à Gitega le 6 octobre 2023, le Premier Ministre est revenu sur le rôle de l’éducation dans la réussite de la vision du Burundi, pays émergent en 2040 et développé en 2060, dans la mesure où l’enseignant a la responsabilité de former les élites aussi bien politiques qu’économiques en veillant à ce que chacun, quelles que soient ses difficultés et ses aptitudes, puissent réussir ses apprentissages et intégrer les valeurs socio-culturelles sûres afin d’expérimenter une vie scolaire et professionnelle épanouie.
Difficiles conditions de travail ou malaise d’une profession ?
Selon la Banque Mondiale, soutenir les enseignants et leur donner les bons outils est une première étape capitalede la réussite de leur métier. Ce qui n’est pas toujours garanti. Car, souvent les enseignants exercent dans des conditions difficiles dont des classes pléthoriques. Les derniers états généraux de l’Education ont constaté que l’un des plus grands défis dans le secteur éducatif burundais est le nombre élevé d’apprenants dans une seule classe, pouvant arriver jusqu’à 100 élèves ou étudiants par classe dans certaines écoles ou filières de formation universitaire ; et cela malgré le programme ambitieux de la mise en place et la réhabilitation des infrastructures à travers tout le pays depuis 2005.
Même à ce niveau, on sait que tous ceux qui ont l’âge de scolarisation ne sont pas à l’école. En 2020, on comptait 14.5% des enfants de 7 à 12 ans qui n’étaient pas scolarisés. Sans oublier les problèmes d’absentéisme et d’abandon scolaire qui est estimé à 6% de moyenne nationale. Les problèmes de l’insuffisance des supports pédagogiques et didactiques, des laboratoires et des bibliothèques, ont été aussi soulevés lors des Etats Généraux de l’Education de juin 2022 comme étant à l’origine de la baisse progressive du niveau des apprenants.
En plus, l’inadéquation formation-emploi qui aggrave le problème du sous-emploi accélère la démotivation de tout le monde envers l’école. Cette question est, on ne peut plus en douter, cruciale. Elle accentue la crise morale que connait l’école dans la mesure où celle-ci ne joue plus pleinement son rôle de catalyseur d’ascension sociale. Emerge donc un dialogue de sourds, un jeu de quiproquo, bref une situation d’angoisse.
Tout cela freine le rythme de progression des programmes d’apprentissages ainsi que les capacités d’accompagnement scolaire. Les conséquences directes étant le taux de redoublement qui reste à un niveau très élevé, de 29.8 % de moyenne nationale en 2020. Il en est de même du faible taux de réussite pour entrer à l’enseignement supérieur, qui se situe largement à plus de 30%.
Parallèlement, un autre grand défi qui hante le système éducatif est la faible motivation des enseignants. On n’ignore pas par exemple que la plupart des enseignants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour arriver sur le lieu du travail ; cela étant dans un contexte de précarité socioéconomique progressive. La journée Mondiale de l’enseignant arrive donc au moment où s’observe des mécontentements liés à la faible rémunération par rapport à la hausse progressive des prix et aux difficultés de la mise en place de la politique salariale équitable, occasionnant ainsi des inquiétudes allant jusqu’aux préavis de grèves dans l’enseignement supérieur.
Valoriser le métier de l’enseignant, lui rendre sa gloire, est plus qu’une nécessité, c’est un devoir. Il faut doter à celui-ci l’ensemble des moyens nécessaires, sur les plans aussi bien matériel que moral, pour réussir à sa mission. Notre avenir, à nous tous, en dépend.




