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La diplomatie économique : un nouvel espoir pour le Burundi ?

Ouverture de la semaine diplomatique

La semaine de la diplomatie au Burundi s’est officiellement ouverte ce 27 juin 2025, mettant au cœur des échanges l’amélioration du climat des affaires et une diplomatie tournée vers le développement économique. Les participants recommandent au Burundi la capitalisation de ses potentiels.

Le Burundi est un pays aux potentiels dont il peine à profiter et des défis à relever pour concrétiser l’atteinte de sa vision 2040-2060. La 10ème édition de la Semaine de la diplomatie ouverte ce 27 juin à l’hôtel Club du Lac Tanganyika a mis en avant la coopération économique.

Organisée par le ministère des affaires étrangères et de la coopération au développement, cette semaine a rassemblé tout le corps diplomatique et consulaire accrédité au Burundi sous le thème ‘‘Partenariat fructueux pour un Burundi émergent: « La diplomatie économique, locomotive du développement durable et inclusif.’’

D’après Ferdinand Bashikako, assistant du ministre qui avait patronné cette cérémonie, ce thème s’inspire de la stratégie nationale de la coopération au développement, qui a été adoptée en août 2023. Il annonce : « L’objectif est de favoriser une croissance économique soutenue, inclusive et durable au profit du peuple burundais dans son ensemble, par un système de coopération au développement efficace. »

Quid de la diplomatie économique du Burundi ?

Michaël Wimmer: « Un investisseur qui investit au Burundi ne va pas investir, et moi je n’investirai pas dans un pays si je ne peux pas rapatrier mes dividendes. »

D’après Michael Wimmer, ambassadeur du royaume de Belgique au Burundi, la diplomatie économique se définit par ses trois fonctions, à savoir : « Faciliter les débouchés des entreprises nationales à l’étranger, attirer les investisseurs extérieurs sur le territoire domestique et infléchir les règles internationales dans le sens des intérêts domestiques. »

Pour un pays comme le Burundi, ajoute le diplomate, c’est aussi tout ce qui est lié au développement, tout ce qui va dans le sens d’attirer plus de fonds, plus de projets, et plus de partenariats.

Dans ce sens, M. Wimmer part de l’exemple de la Belgique pour préciser : « Au-delà des ambassadeurs, tous les acteurs politiques et économiques devraient être impliqués dans ce genre de diplomatie. »

 Un bon climat des affaires d’abord !

L’ambassadeur de la Belgique propose au Burundi une diplomatie basée sur le marketing et la qualité du produit : « Si le Burundi veut faire de la diplomatie économique avec succès, il faut d’abord travailler le produit. » Comparant le Burundi à un boulanger qui veut vendre son pain, M. Wimmer martèle :« Si un boulanger veut vendre son pain, il faut que le pain soit cuit, que la boulangerie soit agréable, que l’électricité fonctionne, et qu’il n’y ait pas de travaux sur la route devant la boulangerie. »

Mettant en évidence les aspects qui nuisent à l’attractivité du Burundi chez les investisseurs, l’ambassadeur met en avant le taux de change et la stabilité macro financière : « Je dis souvent : un investisseur qui investit au Burundi ne va pas investir, et moi je n’investirai pas dans un pays si je ne peux pas rapatrier mes dividendes. Et donc, pour rapatrier les dividendes, il faut libéraliser les paiements et donc libéraliser le taux de change. »

 Selon Wimmer, ce déséquilibre a des incidents négatifs sur la valeur de l’aide que le pays reçoit, mais aussi sur celle des exportations.

Un autre aspect commenté par l’ambassadeur est le suivi et l’accompagnement des investisseurs une fois qu’ils ont investi au Burundi : « Oui, peut-être que vous allez plus vite ouvrir votre entreprise, mais si après, vous avez des problèmes fiscaux, des problèmes réglementaires, des problèmes agrégatifs, et qu’il n’y a personne pour vous aider, ça ne marchera pas. »

À ce sujet, l’ambassadeur recommande un mécanisme de gouvernance à haut niveau contre les entraves: « Il y a des entraves structurelles que certaines entreprises découvrent lorsqu’elles investissent ici au Burundi. Pour que ça puisse être réglé, l’ABD est l’interface et évidemment elle ne va pas régler les problèmes. »

Enfin, ce diplomate s’interroge : « Vous avez organisé la table ronde en décembre, combien d’investissements effectifs ont eu lieu depuis lors ? Et, s’il y en a beaucoup, comment est-ce qu’on les a accélérés ? S’il y en a peu, qu’est-ce qui n’a pas marché ? »

 En somme, l’ambassadeur. Wimmer fournit la formule de la diplomatie : « Les acteurs diplomatiques doivent avoir une connaissance sur la réalité du Burundi. » En revanche, les diplomates burundais doivent connaître les atouts de leurs pays d’accréditation, identifier les accélérateurs, et mener des actions de promotion générale et ciblées, a-t-il martelé.

 Miser sur le commerce régional

Selon l’ambassadeur Mulamba Mabika Willy, le Burundi devrait concentrer ses efforts dans la production et l’exportation des produits agricoles pour profiter du marché de son pays : « Le plus grand importateur des produits du Burundi, c’est la RDC et ça ne date pas d’aujourd’hui. J’espère que pendant la période où votre industrie textile Cotebu fonctionnait, toute la production burundaise était consommée au Congo. Actuellement, même avec la bière produite par la Brarudi, le plus grand consommateur de ce marché, le Burundi, c’est le Congo, sans oublier la consommation des produits agricoles ». M. Mulamba insiste : « Actuellement le Burundi est le plus grand producteur du maïs de la sous-région car il y a une surproduction de plus de 300 000 tonnes. »

Même son de cloche chez Charles Vumbi Mbenga, Directeur général de l’énergie des Grands Lacs.Rappelant que le Burundi est parmi les rares pays du continent Afrique favorables sur le plan agricole, il appelle les Burundais à capitaliser cet avantage ainsi que le lac Tanganyika qui lui sert de voie de communication avec la région.

Des priorités

Dr.Salomon Nsabimana : « On ne peut pas développer les innovations sans capital humain. « 

Quant aux secteurs prioritaires, le Dr Salomon Nsabimana, consultant en macroéconomie et enseignant d’universités, propose le développement du capital humain : « On ne peut pas développer les innovations sans capital humain. Ainsi, selon Salomon, « l’éducation au Burundi devrait être revue et analysée pour voir les besoins et les soutenir sur tous les maillots, depuis le primaire jusqu’au cycle supérieur ». Cet enseignant suggère que la question de l’éducation est un problème structurel qui nécessite des réformes structurelles. Ainsi, il  appelle les partenaires de développement à appuyer le gouvernement en lui étant à la fois les conseillers mais aussi des acteurs importants du changement.

 Concernant à la situation géographique du Burundi, le Dr Nsabimana fait remarquer qu’il s’agit d’une opportunité majeure : « Le Burundi a une position stratégique où il peut être le lieu d’approvisionnement depuis l’Est et le lieu d’exportation vers l’Ouest. »   À ce niveau, il appelle le gouvernement à moderniser les infrastructures routières pour désenclaver le Burundi et faciliter les échanges transfrontaliers.

Mais également, ce consultant s’interroge : « La ville de Bujumbura est située au bord du lac. Mais quelle image de cette ville pour les consommateurs des produits de la ville ». C’est pourquoi il fallait investir dans la voirie urbaine, dans l’éclairage public.

Par ailleurs, faisant allusion aux activités précédentes comme la journée de réflexion sur les exportations, ce professeur d’université souligne l’importance de faire une autoévaluation par rapport aux recommandations fournies.

Des opportunités pour l’émergence

 Le Dr Salomon Nsabimana a mis en lumière 5 opportunités majeures que le Burundi possède pour arriver à l’émergence.  Partant de sa position géographique, Salomon explique : « Bujumbura peut devenir là un point d’approvisionnement à partir de l’est et un point d’exportation vers l’ouest avec la RDC qui est le premier pays à destination des exportations. »  Toutefois,  précise ce consultant, il existe des défis à relever au préalable pour saisir cette opportunité, notamment la modernisation de la voie urbaine pour faire de Bujumbura une ville attractive, le développement des infrastructures routières interprovinces et transfrontalières ainsi que la modernisation de l’aéroport de Bujumbura et le port de Bujumbura.

Ensuite, M. Nsabimana fait noter la présence de l’accord de la Banque africaine de développement, de la Commission de l’Union européenne, et de l’initiative de la Banque mondiale pour le développement des infrastructures des facilitations des échanges.

Et enfin, M. Nsabimana fait noter la présence de la fibre optique du Burundi couvrant toutes les 18 provinces comme une opportunité à saisir. Cependant, il soulève les défis quant à l’amélioration de l’accès aux terminaux (ordinateurs, smartphones, etc.), le réseau internet qui reste critique, le cout élevé ainsi que sa qualité réduite.

📷 MAECD

 

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