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Débit de connexion au Burundi : encore du pain sur la planche

Les utilisateurs des technologies de communication se plaignent de la faible connexion internet qui complique leur travail depuis plusieurs mois. Un expert donne des pistes de solutions. Le ministère de tutelle tranquillise.

E. N ; un agent de Lumicash, dont la boutique est située au sud de Bujumbura n’y va pas par quatre chemins : « Je travaille à perte depuis plusieurs mois à cause de l’instabilité de la connexion. »

Lorsqu’un client veut envoyer de l’argent via Ecocash ou Lumicash, explique-t-il, il faut plusieurs tentatives pour que l’opération réussisse et cela décourage les plus impatients : « Samedi dernier, j’ai perdu au moins deux clients qui voulaient faire de grosses transactions sur Lumicash et Ecocash. Cela m’a fait raté beaucoup d’argent. »

Même colère chez P.M, agent d’Ecocash rencontré au nord de la capitale économique : « Dès qu’il y a coupure d’électricité ou un temps nuageux, la connexion disparait comme par magie, et l’on cesse de travailler. Ces désagréments nous font perdre beaucoup d’argent. »

Pire, s’indigne-t-il,  il s’observe un phénomène inexplicable depuis un certain temps : « Je ne sais pas s’il s’agit d’un vol ou d’autre chose mais des fois,  je reçois un message de Lumitel m’informant que mon forfait est déjà épuisé alors que je viens de l’activer après à peine 10 minutes. »

Le plus choquant dans l’affaire est qu’aucune explication n’est donnée ensuite par rapport à ce problème, ou un quelconque remboursement effectué. Et de demander aux pouvoirs publics de régler cette question car à l’heure actuelle, il est difficile, fait-il remarquer, de parler développement ou vision sans une connexion stable et rapide.

Facteurs explicatifs

A ce propos, Léocadie Ndacayisaba, Ministre des Télécommunications, pointe entre autres le faible développement technologique et les équipements obsolètes comme les principales causes du faible débit d’internet sans oublier le manque de carburant et les coupures intempestives d’électricité.

Et de reconnaitre que cette faible qualité de l’internet a des conséquences importantes sur le pays, car elle paralyse de nombreuses activités qui dépendent de l’internet, y compris les communications.

Cependant, madame la ministre tranquillise et demandent aux Burundais d’être patients : « Nous avons tenu des réunions avec les fournisseurs d’internet au Burundi et un calendrier de leurs activités a été établi afin de trouver une solution au problème de la lenteur de l’internet. Je demande aux utilisateurs d’internet de faire preuve de patience car des mesures sont en cours pour résoudre ce problème. La situation sera améliorée d’ici quelques jours. »

Faibles capacités financières, l’autre explication

Pour Nathan Ntahondi, expert en TIC et directeur de l’entreprise CBETIC (Centre Burundais d’Expertise en TIC), la lenteur ou le faible débit d’internet au Burundi s’explique par le faible taux de consommateurs de ces technologies dans un endroit donné, ce qui bloque les vendeurs des technologies permettant la connectivité de les rendre disponibles dans ces localités : « Une population sans capacités financières lui permettant de se procurer des terminaux comme les téléphones Android, les ordinateurs qui utilisent les réseaux mobiles avancés et l’Internet prive sa localité des connectivités rapides de tout genre. » Cette situation crée, poursuit-il, une confusion et déroute les investisseurs qui devraient avoir toutes les informations sur la connectivité locale.

Ensuite, l’expert pointe l’insuffisance de l’énergie comme facteur qui influence sur le fonctionnement des équipements et infrastructures à la base de fonctionnement des réseaux mobile et internet.

Pistes de solutions

Pour résoudre ces problèmes, M. Ntahondi appelle les opérateurs en téléphonie mobile et les fournisseurs des réseaux mobiles de mettre à la disposition des utilisateurs des TIC leurs cartes de couverture des réseaux en précisant s’il s’agit d’une 2G, 3G, 4G ou 5G : « Ces cartes vont permettre aux citoyens de savoir quel opérateur propose le meilleur réseau mobile dans tel ou tel endroit. Ensuite il faut mettre en ligne les cartes de déploiement pour permettre aux utilisateurs de choisir librement les réseaux qu’ils veulent utiliser (3G, 4G, 5G) », explique-t-il.

En outre, M. Ntahondi invite le leadership burundais en charge des télécommunications à chercher chaque fois à comprendre les tendances émergentes et les innovations transformatives qu’il faut pour le pays à travers des discussions inclusives pour façonner l’avenir de l’économie numérique : « Les citoyens burundais n’ont pas eu des messages de sensibilisation sur l’utilisation rationnelle des TIC pour leur adoption. Il faut des activités éducatives aux TIC dans le cadre de la mise en œuvre de la politique sectorielle élaborée. Il faut organiser des activités d’envergure avec des messages autoritaires qui impactent la société burundaise en matière des TIC. Il faut entreprendre une éducation de masse populaire à l’adoption des TIC. »

Pour rappel, l’ARCT, le régulateur burundais, dans un communiqué rendu public le mardi 4 février 2025, a informé le public souhaitant mieux comprendre la couverture et la qualité de services des réseaux mobiles au Burundi qu’une plateforme innovante DQoS ARCT est disponible. Donc les utilisateurs ont cette possibilité de connaître la couverture et la qualité des réseaux mobiles.

Contactés, les responsables des opérateurs téléphoniques notamment Lumitel et Econet, n’ont pas souhaité s’exprimer.

Cet article a été rédigé par Emmanuel Ndagijimana et Willy Frid Irambona.

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