À Kabezi comme à Rumonge, les habitants n’hésitent plus à exprimer leurs avis, qu’ils soient positifs ou critiques sur les projets communaux, renforçant ainsi le lien entre besoins exprimés par les citoyens et actions concrètes sur le terrain malgré quelques défis…
Entre avancées significatives et obstacles persistants, le Burundi démontre que la participation citoyenne peut efficacement orienter le développement local.
À Kabezi, dans la province de Bujumbura, la satisfaction est palpable, tandis qu’à Rumonge, les attentes restent partiellement comblées. Néanmoins, dans ces deux communes, d’ailleurs comme dans toutes les communes du pays, la voix des habitants devient progressivement un pilier central dans la mise en œuvre des projets publics.
Jonis Twagiramungu, résident de la commune de Kabezi, se réjouit des projets réalisés : « Même si toute la commune n’est pas encore fournie en électricité, certaines collines le sont désormais. Nous espérons également la multiplication des routes, car bien que quelques pistes aient été tracées, leur nombre reste insuffisant ».
Médard Turikumwe, habitant de la colline Kabezi, sous-colline Mugongo, témoigne également des progrès : « Des écoles ont été construites ou réhabilitées, et nous avons accès à l’eau potable. Dans les zones où elle n’est pas encore disponible, notamment au nord de Mugongo, les tuyaux sont en cours d’installation ».
Il souligne par ailleurs les efforts de sensibilisation de la commune pour encourager une urbanisation planifiée, avec des constructions modernes et le respect des voies communautaires reliant collines et sous-collines.
Cependant, il appelle à davantage de soutiens dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage moderne pour assurer l’autonomie économique des familles.
Des résultats tangibles
Eliane Harerimana, quinquagénaire résidant à Rutonde, exprime sa reconnaissance : « Nous n’avions pas la moindre goutte d’eau ici. Aujourd’hui, les robinets fonctionnent. La route, autrefois inexistante, a été aménagée. Même se déplacer est devenu plus facile. Et bientôt, notre colline sera alimentée en électricité ».
Elle salue également les progrès dans les secteurs comme l’éducation et la santé : « À Bigera, Masama, Gahara, Kiziba, Gitenga, … des écoles ont vu le jour. Des centres de santé sont en construction ou en réhabilitation, des marchés modernes ont été bâtis, sans oublier l’hôpital de district de Kabezi. Les habitants voient concrètement les retombées de leurs contributions fiscales ».
Des projets réalisés à plus de 75 %
Espérance Habonimana, administratrice de la commune de Kabezi, qui s’étend sur douze collines et surplombant le lac Tanganyika, affirme que plus de 75 % des projets planifiés ont été réalisés. « Nous avons mené une enquête auprès des habitants pour identifier leurs priorités : écoles, eau potable, centres de santé, routes, ponts… Aujourd’hui, beaucoup de ces besoins sont en voie de satisfaction », se félicite l’administratrice.
Elle précise également qu’il y a des actions sociales menées comme l’octroi des cartes d’assurance maladie à plus de 300 personnes vulnérables, la construction de 24 maisons pour les plus démunis, et l’appui des coopératives de jeunes avec des semences de maïs.
Mais des défis demeurent
Selon Mme Habonimana, la principale difficulté réside dans la faiblesse de la production agricole, impactée par le changement climatique. Cela affecte non seulement l’approvisionnement des marchés, mais aussi les recettes communales provenant des taxes agricoles.
Un autre défi, selon l’administratrice, concerne l’extraction de carrière, principale source de revenus pour la commune. « Quand les coopératives manquent de carburant pour livrer leur carrière, les clients se raréfient et, avec eux, les recettes fiscales ».
Face à ces contraintes, confie Mme Habonimana, la commune mise sur l’appui des natifs ayant des moyens financiers et des partenaires de développement pour pallier les insuffisances budgétaires. En année favorable, indique-t-elle, les recettes peuvent atteindre jusqu’à 480 millions de Fbu. Dans le cas contraire, ce montant chute considérablement. Les projets non réalisés sont alors reprogrammés pour l’année suivante.
Rumonge : entre espoirs et attentes non comblées
À Rumonge, la perception des habitants est plus nuancée. À Mutambara, William Kabura déplore certaines promesses non tenues : « La route principale devait être élargie, rien n’a bougé. Depuis deux mois, les tuyaux cassés ne sont pas réparés. Nous sommes obligés de consommer l’eau insalubre de la rivière Murembwe ».
Il pointe également le manque d’électricité dans le centre de santé en construction et des classes à l’école de Kayange inachevées, où seuls deux bâtiments sur trois ont été terminés grâce à la contribution des parents.
Chadia, habitante de la sous-colline Kinindo, s’indigne : « Des robinets ont été installés, mais ils sont à sec depuis presque un an. Nos enfants tombent malades en buvant l’eau de la rivière ».
Les projets réalisés et les tensions persistantes
Julias Juma Ruhuzo, chef de colline à Mutambara, reconnaît les efforts de la commune, notamment en matière d’adduction d’eau, bien que certaines sous-collines restent non desservies. Il accuse certaines personnes malveillantes de briser les conduites dans les zones de Gatete, Busebwa et Buruhukiro.
Concernant l’électricité, il précise que Mutambara compte 11 sous-collines et plus de 32 000 habitants : « Toutes ne sont pas encore raccordées. Il nous faudrait 210 poteaux supplémentaires pour compléter les 70 déjà disponibles ».
M. Ruhuzo s’étonne aussi des coupures fréquentes, alors que certains ménages bénéficient d’un approvisionnement ininterrompu. Il propose que la source d’alimentation de ces foyers soit élargie à toute la colline.
Quant aux critiques sur le manque de consultation de la population, il répond que les propositions sont recueillies lors des travaux communautaires : « Ceux qui affirment ne pas être consultés ne participent pas aux réunions qui ont lieu au début et à la fin de chaque mois ».
Une administration communale engagée
Augustin Minani, administrateur de la commune de Rumonge, rappelle que chaque commune élabore un plan quinquennal de développement communautaire, fondé sur les priorités identifiées à l’échelle des collines.
À Rumonge,fait-il savoir, nous avons concentré nos efforts sur la santé, avec la construction de maternités, sur l’éducation avec des salles de classe en étage, sur les infrastructures comme les routes pavées, les ponts, …
Concernant les obstacles, il évoque le manque de moyens financiers et de techniciens pour concrétiser certains projets, notamment l’approvisionnement en eau potable sur l’ensemble de la commune et la transformation des routes urbaines en voies pavées. « Ces ambitions nécessitent des budgets dépassant les capacités actuelles de la commune », précise l’administrateur.
Pour contourner cette contrainte, la commune a déjà commandé des pavés. Leur installation débutera une fois la livraison terminée.
Enfin, il souligne que Rumonge figure parmi les communes les mieux dotées du pays, avec un revenu fiscal annuel dépassant 1,4 milliard de Fbu.
Pour rappel, les ressources financières de la commune proviennent des recettes fiscales et non fiscales, des emprunts, des dotations budgétaires, ainsi que des dons et legs, conformément à l’article 108 de la loi organique n°1/18 du 7 juin sur la réorganisation de l’administration communale.




