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Du climat professionnel favorable au leadership féminin: un grand pas encore à franchir?

Le difficile accès des femmes aux instances de prise de décision s’explique également par des pratiques managériales à revoir, qui confinent les employées à des postes d’exécution, avec toute une kyrielle de préjugés quant à leur capacité de réflexion… 

« La femme discriminée par les hommes ne se sent jamais fière d’apporter son intelligence dans le développement de l’entreprise. Elle se contente de faire le bon travail pour maintenir sa place. En conséquence, cette femme souffre d’un manque d’estime de soi. Ce qui devient par la suite difficile pour elle d’intégrer un parti politique, moins encore d’aspirer à des postes de prises de décisions du pays”, explique le psychopédagogue Janvier Kwizera. Dans la plupart des cas, la femme engagée en politique est perçue comme “toxique” et “corrompue” par certains hommes. Cette peur de son influence et sa détermination commence dans son cercle familial et professionnel. 

Ainsi, pour participer à la politique, la femme doit concilier vie familiale, activité professionnelle et carrière politique dans laquelle elle se lance. Revenant sur son expérience, l’ex-ministre de l’Economie et vice-présidente du parti Frodebu, Euphrasie Bigirimana, rappelle qu’elle a dû affronter les préjugés culturels.

Comme l’indique l’experte en genre Léonie Niyonkuru, nul ne peut nier que le comportement dénigrant envers la femme, manifesté par certains hommes au travail, peut entraver sa capacité de s’annoncer. 

Ainsi, elle se voit perçue négativement ou positivement par les hommes en fonction de sa beauté physique, sa capacité de bien gérer son ménage, ou par sa situation matrimoniale, célibataire, mariée, répudiée, divorcée ou veuve. Ces jugements subjectifs priment au détriment de ses compétences: «A la première impression, on la considère comme incapable d’occuper des fonctions de prises de décisions. Car la société détermine par avance les responsabilités des hommes et des femmes. Aussi, ces préjugés sont à l’origine de ce dénigrement sans oublier les normes et les pratiques culturelles. Une autre cause de ce mauvais comportement est parfois l’intérêt économique apporté par ce poste.»

La preuve en chiffres

La Constitution du 18 mars 2005 fixe à au moins 30% la représentation féminine à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Selon une étude de 2016 de l’Association des Femmes Rapatriées du Burundi (AFRABU) intitulée “Participation de la femme dans les instances de prise de décision et son inclusivité dans les processus de paix et de sécurité“, la femme occupait 44% des postes au Sénat, 36 % à l’Assemblé nationale et 32% des conseils communaux du pays tandis que les femmes chefs de collines étaient à 6%. Par contre, le quota constitutionnel de 30% restait appliqué aux positions d’administrateurs communaux (34%) alors que tel n’était pas le cas pour les positions de ministre (25%) et de gouverneur (17%).

Citons aussi que pour les autres postes techniques, la tendance était à la baisse. Les ambassades (9%), les directions provinciales de l’agriculture et de l’élevage (6%), les cours et tribunaux (6%), l’éducation (4,5%) et la santé (7,5%) étaient en souffrance. Les femmes n’y étaient guère représentées que jusqu’à 12%.

Par ailleurs, aucune femme ne figurait dans les postes de vice-président de la République ou de direction d’une université.

Sur cette problématique, Euphrasie Bigirimana se prononce: «Lorsqu’on regarde les postes occupés par les femmes au travail, ce sont surtout des rôles d’exécution où la femme n’est pas capable de prendre des initiatives et faire face à un problème ou donner une réflexion. On va ainsi dire qu’elle n’a pas d’expérience puisqu’elle reste secrétaire, comptable, dans l’archivage… Par conséquent, cette femme est submergée par la peur de donner ses interventions, de parler en public, d’analyser les questions. Discriminée, elle perd sa confiance et sa fierté.»

Petite lueur

A l’heure actuelle, la femme escalade peu à peu certaines “barrières” culturelles sans que les hommes en soient trop choqués.  «Il suffit que la femme soit bien sensibilisée. Rien n’empêche qu’elle assure, à n’importe quel poste de décision », suggère Janvier Kwizera. Encore plus, la sensibilisation doit toucher les hommes: «Ils devraient contribuer à construire une société où toute personne est respectée dans son identité propre. »

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