Face aux coupures d’électricité, à la vie chère ou encore aux conséquences des inondations, des habitants de la colline Bukeye, en commune Nyanza (province de Burunga), disent se heurter à des réponses qui évitent le fond de leurs préoccupations. Selon eux, ces discours de diversion alimentent la frustration, affaiblissent la confiance envers les autorités et créent un terrain propice aux discours de haine.
Sur la colline Bukeye, ces paroles reviennent avec insistance dans les échanges avec les habitants. Le 2 juin 2026, plusieurs médias s’y sont rendus dans le cadre d’un projet de lutte contre les discours de haine, soutenu par l’organisation La Benevolencija. Au fil des témoignages, un même sentiment se dégage : celui de citoyens qui estiment que certaines autorités répondent à leurs préoccupations par des discours de diversion plutôt que par des solutions concrètes.
Pour les habitants rencontrés, cette manière de communiquer ne se limite pas à éluder les problèmes. Elle finit par nourrir le découragement, creuser le fossé entre les citoyens et leurs dirigeants et, à terme, alimenter les tensions sociales.

Pour T.M., habitant de Bukeye, un discours de diversion consiste à déplacer le débat au lieu d’affronter le problème. « Lorsqu’on sollicite une autorité pour résoudre une difficulté et qu’au lieu d’obtenir une réponse, on reçoit des paroles qui n’apportent rien, c’est un discours de diversion. »
A ses yeux, cette stratégie détourne l’attention des véritables préoccupations de la population. « Lorsqu’ils sont adressés à toute une communauté, ces discours freinent les initiatives de développement et peuvent dresser les citoyens les uns contre les autres. »
Son voisin H.B. évoque un exemple qui parle à tous : les longues coupures d’électricité. « Il arrive que le courant soit interrompu pendant une ou deux semaines. Lorsque nous demandons des explications, nous ne recevons ni calendrier précis ni solution concrète. On nous demande simplement d’attendre. »
Au fil du temps, estime-t-il, cette attitude fragilise la confiance envers les dirigeants. « Certains réclament leurs droits, tandis que d’autres préfèrent se taire par solidarité politique ou familiale avec les responsables concernés. Ces différences de position finissent par créer des divisions qui peuvent dégénérer en conflits, voire en violences. »
Selon lui, les responsables qui ignorent les préoccupations des citoyens devraient être tenus de rendre compte de leurs actes.
Vie chère, réunions détournées et promesses sans réponse
Pour A.D., une habitante de Bukeye, les difficultés économiques illustrent également cette réalité. « Les prix des denrées alimentaires augmentent sans cesse. Lorsque nous demandons aux autorités d’intervenir, elles nous répondent simplement que nous ne sommes pas les seuls à subir cette situation. Ce n’est pas une solution. »
Elle regrette que ces réponses finissent par décourager les citoyens et freinent les initiatives communautaires. Elle invite également les médias à poursuivre leur travail de sensibilisation afin d’aider la population à identifier les discours de diversion.
Pour P.N., notable de la colline, ce phénomène ne se limite pas aux institutions publiques. « Lorsqu’un enfant demande de l’aide et qu’on lui répond toujours qu’il existe des priorités plus importantes, on détourne également son attention de son problème. »
Selon lui, lorsqu’une autorité agit de la même manière, cela révèle souvent son incapacité ou son manque de volonté à résoudre les difficultés soulevées. « Les problèmes restent entiers et les citoyens perdent confiance. »
I.M., habitant de cette colline, évoque des réunions communautaires qui, selon lui, ne tiennent pas toujours leurs promesses. « Nous sommes parfois convoqués pour parler de sécurité ou des difficultés auxquelles fait face la population. Une fois sur place, les discussions portent finalement sur des questions politiques. Ceux qui ne sont pas venus pour cela ont le sentiment d’avoir été trompés. »
Il cite également le cas de victimes d’inondations qui, après avoir été invitées à exposer leurs difficultés, se retrouvent confrontées à des reproches plutôt qu’à un accompagnement. Pour lui, ces pratiques contribuent à alimenter les frustrations et les tensions entre citoyens.
Il estime que les responsables qui privilégient les discours de diversion devraient être remplacés par des dirigeants capables d’apporter des réponses concrètes. Il invite également les journalistes à faire preuve de vigilance afin de ne pas relayer, sans recul, ce type de discours.
« Dire la vérité est le premier pas vers la cohésion sociale »
Sabine Karimunda, experte en leadership, confie que le rôle d’un dirigeant est avant tout de servir la population et d’apporter des réponses aux préoccupations qui la touchent. « Les leaders doivent être conscients de leur mission de servir et d’organiser la population.Dire la vérité est le premier pas vers la cohésion sociale », souligne-t-elle.
Elle explique que la diversion consiste à détourner l’attention du public afin de masquer un problème principal ou d’atténuer une situation.
Selon elle, le recours à ce type de discours risque d’accentuer le sentiment de frustration, d’abandon et de mépris au sein de la population, les véritables préoccupations restant sans réponse. « Quand un leader utilise ce discours, la population se sent frustrée, délaissée et méprisée, car les vrais problèmes sont ignorés », affirme-t-elle.
L’experte estime enfin qu’« un leader doit s’habituer à affronter les problèmes » plutôt que de chercher à les éluder par des stratégies de diversion.




