A l’approche de l’élection présidentielle de 2027, des responsables politiques et un spécialiste de la résolution pacifique des conflits appellent à rompre avec les attaques personnelles qui ont longtemps marqué certaines campagnes électorales au Burundi. Réunis lors d’une conférence organisée par La Benevolencija, ils ont plaidé pour des campagnes centrées sur les programmes de développement, le respect des adversaires et le dialogue, estimant que les discours de haine demeurent une menace pour la cohésion sociale et la stabilité du pays.
A quelques mois de l’élection présidentielle, la manière dont les responsables politiques s’adressent aux citoyens reste au cœur des préoccupations. Si les campagnes électorales constituent avant tout des moments de confrontation démocratique des idées, elles ont parfois été marquées, au Burundi, par des discours de dénigrement et des attaques personnelles susceptibles d’alimenter les tensions et de fragiliser la cohésion sociale.
C’est dans cette perspective que l’association La Benevolencija a organisé, le 21 mai 2026, une conférence-débat réunissant Gabriel Banzawitonde, président du parti APDR, Gaspard Kobako, président du parti AND Intadohoka, ainsi que Chartier Niyungeko, spécialiste de la résolution pacifique des conflits. Organisée dans le cadre d’un programme de lutte contre les discours de haine, la rencontre visait à analyser les effets des discours politiques sur le climat social et à identifier les moyens de préserver la cohésion nationale.
Cette initiative faisait suite aux préoccupations exprimées par des habitants de la colline Kirasira, en zone Butezi, commune Ruyigi, province de Buhumuza, lors d’un reportage réalisé le 15 avril 2026. Ceux-ci dénonçaient le recours, par certains acteurs politiques, à des propos dénigrants visant leurs adversaires plutôt qu’à la présentation de leurs projets de société. Selon eux, de telles pratiques fragilisent la cohésion nationale, accentuent les divisions entre citoyens et peuvent favoriser des violences.
Des progrès constatés, mais une vigilance toujours nécessaire

Pour Gaspard Kobako, les discours de dénigrement ont longtemps caractérisé les campagnes électorales au Burundi. Il rappelle que certains slogans assimilaient autrefois les adversaires politiques à des animaux ou à des insectes, dans le but de les déshumaniser.
« On commence par retirer à quelqu’un son humanité en le comparant à un animal ou à un insecte. Heureusement, une accalmie semble s’être installée et ces discours paraissent avoir diminué », affirme-t-il.
Gabriel Banzawitonde partage cette analyse. Selon lui, la compétition politique pousse parfois certains partis à multiplier les propos offensants afin d’affaiblir leurs concurrents et de monopoliser l’espace politique. Il rappelle notamment que certaines chansons de campagne véhiculaient autrefois des messages d’exclusion ou de domination politique, laissant entendre que certains partis étaient appelés à gouverner sans alternance.
Il observe toutefois que les élections de 2025 ont été marquées par une diminution sensible des discours hostiles et par davantage de retenue dans les prises de parole publiques.
Pour autant, Chartier Niyungeko estime que cette évolution positive ne doit pas conduire au relâchement. « Le fait que les propos les plus violents soient moins visibles ne signifie pas qu’ils aient disparu. »
Selon lui, si les discours haineux se font aujourd’hui plus discrets dans les médias, ils continuent de circuler dans certains échanges au sein des communautés. Il invite ainsi les responsables politiques à poursuivre leurs efforts afin d’améliorer la qualité de leur communication.
Pourquoi les discours de haine persistent-ils ?
Pour Gaspard Kobako, certains responsables politiques recourent aux attaques personnelles afin d’intimider leurs adversaires et de se présenter comme les seuls candidats crédibles. Il estime également que la quête du pouvoir peut conduire certains acteurs à s’écarter des principes démocratiques.
Gabriel Banzawitonde considère, pour sa part, que certains militants agissent par excès de zèle. Désireux de démontrer leur loyauté envers leur formation politique, ils produisent parfois des chansons ou des slogans injurieux dans l’espoir de gagner la reconnaissance de leurs dirigeants.
Chartier Niyungeko apporte une lecture plus psychologique du phénomène. Selon lui, le parcours politique, les traumatismes liés aux violences passées, les frustrations accumulées ou encore certaines expériences personnelles influencent durablement les comportements.
Une personne ayant elle-même été victime de violences ou d’exclusion peut, parfois inconsciemment, reproduire le même type de discours envers autrui. Il évoque également les ambitions personnelles et la défense d’intérêts particuliers comme des facteurs susceptibles d’encourager les propos haineux.
Une menace pour la paix et la stabilité
Les participants s’accordent sur les conséquences particulièrement préoccupantes de ces discours. « Leur principale conséquence est la haine, laquelle peut conduire jusqu’aux assassinats », avertit Gaspard Kobako.
Gabriel Banzawitonde rappelle que l’histoire récente du Burundi illustre les effets dévastateurs d’un climat politique marqué par la haine. Il évoque notamment les violences qui ont suivi les élections de 1993 ainsi que les tensions enregistrées avant les élections de 2010, marquées par des déplacements de populations, des pertes en vies humaines et des attaques à la grenade.
Pour Chartier Niyungeko, les discours de haine ravivent également les traumatismes des crises passées. Ils alimentent les rancœurs, accentuent les divisions et poussent parfois les électeurs à faire leurs choix davantage en fonction des blessures du passé que des programmes proposés.
Selon lui, tant que ces discours persisteront, les risques de violences, d’exil et d’instabilité continueront de peser sur le pays.
Miser sur le dialogue et les programmes de développement

Gabriel Banzawitonde appelle au renforcement du dialogue politique, à une plus forte implication des médias dans les actions de sensibilisation et à l’application effective des lois réprimant les discours de haine. Il invite également les candidats à axer leurs campagnes sur leurs programmes de développement plutôt que sur les attaques visant leurs adversaires.
Gaspard Kobako encourage, lui aussi, les responsables politiques à présenter clairement leurs projets de société, à éviter les attaques personnelles et à condamner publiquement les auteurs de propos haineux.
De son côté, Chartier Niyungeko estime que la lutte contre les discours de haine passe autant par un engagement individuel que collectif. Il invite aussi bien les citoyens que les responsables politiques à adopter un langage respectueux et constructif.
« Les citoyens devraient apprendre à respecter les autres et à employer des paroles qui construisent plutôt que des paroles qui détruisent », insiste-t-il.
Il appelle enfin les institutions publiques à assurer un suivi rigoureux des discours tenus dans l’espace public et à appliquer les sanctions prévues par la loi.
Au terme des échanges, un constat s’est imposé : une compétition électorale ne peut contribuer durablement à la paix et à la stabilité que si elle repose sur la confrontation des idées, le respect des adversaires et la présentation de programmes capables de répondre aux attentes des citoyens, plutôt que sur les discours de haine et de division.




