Réunis dans le cadre d’un projet de lutte contre les discours de haine soutenu par La Benevolencija, des habitants de la colline Gisoro, en zone Rusengo de la commune Ruyigi, ont partagé leurs expériences liées aux injustices qu’ils disent subir au quotidien. Conflits fonciers, litiges familiaux, accusations abusives ou difficultés d’accès à une justice équitable : plusieurs citoyens estiment que ces situations alimentent frustrations, tensions sociales et risques de violences au sein des communautés.
Dans le cadre du projet de lutte contre les discours de haine soutenu par La Benevolencija, plusieurs médias se sont rendus, le 15 avril 2026, sur la colline Gisoro, en zone Rusengo, commune Ruyigi, dans la province de Buhumuza. L’objectif était de recueillir les témoignages des habitants sur les injustices vécues au quotidien ainsi que leurs conséquences sur la société.
Au cours des échanges, plusieurs citoyens ont affirmé que les injustices demeurent fréquentes dans leur communauté, notamment dans les conflits fonciers, familiaux ou professionnels. Selon eux, ces situations provoquent souvent colère, frustrations et divisions au sein des familles et des groupes sociaux.
Des conflits du quotidien aux risques de divisions sociales
Clovis Manirakiza, habitant de la localité, raconte avoir été victime d’un conflit lié à une limite de propriété. Il affirme qu’un voisin aurait tenté de s’approprier une partie d’un terrain hérité de son père. Selon lui, cette situation a suscité une profonde colère qui aurait pu dégénérer.
« Lorsqu’une personne est lésée, elle peut réagir violemment. Certains finissent par se battre ou chercher à se venger », explique-t-il, estimant que l’injustice peut rapidement créer des tensions entre familles ou communautés. Il souligne également que ce type de situation existe aussi dans les foyers et appelle les victimes à privilégier les voies judiciaires plutôt que la vengeance personnelle.
G.F., un autre habitant, évoque une affaire professionnelle. Il affirme avoir travaillé durant quatre mois dans un studio sans percevoir de salaire avant d’être accusé à tort de vol par son employeur. Selon lui, l’enquête menée par la suite aurait démontré que l’employeur détenait lui-même les clés du studio et aurait récupéré l’appareil disparu.
Pour G.F., ce genre d’injustice peut entraîner de lourdes conséquences : perte de confiance, tensions sociales et conflits entre familles ou groupes d’amis.

Très émue, Jeannette Nizigiyimana, mère de quatre enfants, affirme avoir quitté Bujumbura à la suite d’un conflit judiciaire avec son époux concernant une parcelle. Elle explique être engagée dans une procédure judiciaire depuis 2020 et estime ne pas avoir obtenu justice malgré les preuves qu’elle affirme détenir. Selon elle, cette situation a profondément affecté sa vie familiale et économique.
« L’injustice peut pousser certaines personnes à des réactions extrêmes », témoigne-t-elle, plaidant pour une justice plus proche des citoyens et davantage fondée sur des enquêtes de terrain.
Plusieurs intervenants rencontrés sur la colline Gisoro estiment que les injustices constituent un frein au développement social et économique. Certains craignent qu’elles n’alimentent des discours de haine, des divisions communautaires, voire des violences.
Des habitants réclament une justice équitable et accessible
T.N. considère que l’absence de sanctions contre certaines personnes accusées d’injustice favorise d’autres abus. Il appelle les autorités judiciaires à agir avec impartialité et encourage les médias à poursuivre les sensibilisations sur ces questions.
Même constat chez C.M., une habitante de la localité, qui dénonce certaines injustices au sein des ménages, notamment des femmes empêchées de travailler ou privées des revenus qu’elles génèrent.

De son côté, Clovis Swaibu, conseiller du chef de zone Rusengo chargé de l’administration et des affaires juridiques, reconnaît l’existence de nombreux litiges, particulièrement fonciers.
Selon lui, les autorités locales privilégient d’abord l’écoute et la médiation avant d’orienter les parties vers la justice lorsque cela s’avère nécessaire. « L’injustice freine le développement et peut entraîner des conflits importants si elle n’est pas traitée rapidement », avertit-il.
Autorités locales et experts plaident pour la prévention et le dialogue
Interrogé le 7 mai dernier, Maître Fernand Dior Remesho, juriste, estime que l’injustice survient lorsqu’une personne ne parvient pas à obtenir ce à quoi elle a droit malgré les mécanismes de dialogue ou de justice existants.
Selon lui, ce phénomène touche plusieurs secteurs de la société et contribue à alimenter la méfiance envers certaines institutions. « Certaines personnes finissent par perdre confiance dans les autorités judiciaires et administratives lorsqu’elles estiment ne pas être entendues », explique-t-il.
Le juriste cite notamment l’exemple des mouvements de grève observés dans certains milieux scolaires et professionnels. Selon lui, lorsque des enseignants ou des étudiants considèrent que leurs revendications ne sont pas prises en compte, certaines manifestations peuvent dégénérer en violences, destructions de biens ou affrontements faisant des blessés, voire des morts.
Il évoque également le risque de formation de groupes opposés dans la société : d’un côté ceux qui se considèrent victimes d’injustice, et de l’autre ceux qui sont accusés d’en être responsables. Une telle situation, avertit-il, favorise la méfiance et fragilise la cohésion sociale.
Maître Fernand Dior Remesho plaide ainsi pour une justice indépendante, impartiale et accessible à tous. Il rappelle notamment que l’article 22 de la Constitution burundaise stipule que tous les citoyens sont égaux devant la loi.
Il souligne également l’importance de la transparence dans les institutions publiques. À ce sujet, il cite l’article 95 de la Constitution, qui prévoit que le président de la République, les vice-présidents ainsi que les ministres déclarent leurs biens avant et après leur prise de fonction. Selon lui, l’application effective de telles dispositions pourrait contribuer à réduire les sentiments d’injustice au sein de la population.
Le juriste insiste enfin sur l’importance, pour les citoyens, de connaître leurs droits ainsi que les recours disponibles lorsqu’ils s’estiment victimes d’injustice.




