Jimbere

Kirundi French
Actualité

Violences numériques faites aux femmes : l’alerte d’un expert burundais

Face à la multiplication des violences en ligne visant les jeunes filles et les femmes, le spécialiste Dieudonné Nibizi a lancé un avertissement lors d’un atelier tenu à Bujumbura. Il alerte sur la diffusion non autorisée d’images intimes et appelle à renforcer la sécurité numérique et les sanctions prévues par la loi burundaise.

L’atelier, organisé le 5 décembre 2025 à la Royal Palace Hotel par le Burundi Leadership Training Program (BLTP) avec l’appui du Royaume des Pays-Bas et en collaboration avec plusieurs ministères en charge des droits humains, s’inscrivait dans la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes.

Des victimes exposées à la diffusion non autorisée d’images intimes

Dieudonné Nibizi, spécialiste en protection numérique: « Certaines victimes des cybercriminalités s’exposent involontairement, en partageant leurs photos sur les réseaux sociaux ou en envoyant des contenus privés à leurs partenaires. En cas de dispute ou de rupture, ces images deviennent parfois publiques. »

Le spécialiste en protection numérique Dieudonné Nibizi a exhorté les jeunes filles et les femmes à réfléchir avant d’envoyer des contenus intimes via téléphone. Selon lui, nombre de victimes sombrent dans la détresse après la diffusion non consentie de leurs vidéos ou photos.

Il rappelle que plus de 60 % des femmes et jeunes filles utilisant un téléphone subissent des violences en ligne, notamment moqueries, insultes, chantage ou menaces. Il a cité des cas concrets, dont celui d’une jeune Burundaise victime d’un vol de téléphone en 2024 : le voleur l’a menacée de publier ses photos intimes, puis les a diffusées malgré le paiement exigé.

M. Nibizi souligne que certaines victimes s’exposent involontairement, en partageant leurs photos sur les réseaux sociaux ou en envoyant des contenus privés à leurs partenaires. En cas de dispute ou de rupture, ces images deviennent parfois publiques.

Misogynie, anonymat et absence de mécanismes de poursuite

Parmi les causes du phénomène, M. Nibizi dénonce la misogynie persistante dans la société, où la naissance d’une fille peut encore être dévalorisée. Il pointe aussi l’absence au Burundi d’un service dédié à la poursuite des auteurs de cybercriminalité. Beaucoup opèrent derrière des comptes anonymes, rendant difficile toute forme de sanction.

Selon M. Nibizi, la rapidité de circulation des contenus en ligne « en quelques secondes » exacerbe les traumatismes, altère la santé mentale des victimes et décourage certaines femmes de s’engager en politique par crainte de l’humiliation publique.

Renforcer la sécurité numérique et connaître la loi

Le spécialiste appelle les femmes à se former à l’usage sécurisé des réseaux sociaux, à protéger leurs informations personnelles et à éviter d’envoyer des contenus sensibles. Il les invite également à saisir la justice en cas d’abus et à soutenir les victimes.

Parfait Hatungimana, assistant du ministre de la Justice, rappelle que la loi n°1/09 de 2021 sanctionne la publication ou l’utilisation non autorisée d’images intimes. L’article 28 prévoit des peines allant de 6 mois à 3 ans de prison, assorties d’amendes de 100 mille  à 1 million de FBu

L’engagement des participants

Les participants à cet atelier ont déclaré qu’il existe des formes de violence dans leur région dont ils n’étaient pas conscients. A titre d’exemple, Fidélité Mfurayimana, représentante de l’association « Nturengaho » qui soutient les jeunes victimes de violences sexuelles, a évoqué le cas d’une jeune fille tombée enceinte contre son gré après avoir suivi des contenus sur les réseaux sociaux montrant comment d’autres filles se comportent.

De son côté, Jean Claude Bamporubusa, représentant de l’association « Dukure mw’Iterambere », a affirmé qu’il allait partager avec ses collègues et d’autres personnes les nombreuses choses qu’il a apprises, en commençant par sensibiliser les garçons et les hommes à soutenir les femmes et les filles dans la lutte contre les violences en ligne, plutôt que d’en être les auteurs.

Ils ont déclaré qu’ils allaient transmettre ces connaissances à d’autres, ayant compris que la mauvaise utilisation des réseaux sociaux peut compromettre l’avenir d’une personne

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top