Dans la commune de Rumonge, les mères allaitantes porteuses du VIH/sida se plaignent d’un manque de soutien, notamment en termes de médicaments pour leurs enfants et de nourriture. Ce déficit met en péril leur bien-être et entrave leur capacité à suivre les recommandations médicales concernant l’allaitement. Elles demandent la restauration de l’aide qu’elles bénéficiaient précédemment…
Du 8 au 14 septembre 2025, le Burundi célébrait la semaine internationale de l’allaitement maternel sous le thème ‘‘Prioriser l’allaitement maternel – mettre en place des systèmes de soutien pérennes’’. A cette occasion, les femmes de la commune Rumonge atteintes du VIH, ont fait part des multiples problèmes auxquels elles font face. Ces besoins incluent l’insuffisance de nourriture, de lait et de médicaments pour enfants, qui leur étaient précédemment fournis pour maintenir la santé de leurs bébés et assurer un allaitement adéquat conforme aux conseils médicaux.
Un autre défi, commun aux femmes vivant avec le VIH ainsi qu’à celles en bonne santé, est l’absence de soutien de la part de leurs partenaires, qui ne les assistent pas dans l’obtention d’une nutrition appropriée. Cela est particulièrement pénible pour les femmes porteuses du VIH dont les époux ne sont pas infectés : ces derniers leur reprochent d’avoir dissimulé leur état, prétendant ignorer comment elles ont contracté le virus, et regrettent de les avoir épousées, mettant ainsi leur propre vie en péril.
Des lamentations…

Furaha*, une femme de 36 ans séropositive qui allaite, décrit les multiples défis auxquels sont confrontées les mères porteuses du VIH après la naissance, particulièrement quand l’enfant est atteint de diverses maladies. Elle précise que les traitements destinés à leurs enfants sont fréquemment inappropriés ou manquants : « Même si certains soins sont offerts sans frais, tels que les deux médicaments donnés à la naissance, le sirop Bactrim reste onéreux et payant en pharmacie. » « Jusqu’à présent, de nombreuses mères n’ont pas réussi à se procurer les médicaments requis. »
Bien plus, précise Furaha, les femmes porteuses du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) éprouvent des difficultés à sevrer leurs enfants en raison d’un manque de ressources pour l’achat de lait et d’aliments, surtout qu’elles se trouvent fréquemment dans une situation précaire et sous-alimentée : « Les six premiers mois peuvent s’avérer particulièrement durs, car l’allaitement exclusif est préconisé sans aucune autre option. Au moins, fournissez-nous du lait et de l’alimentation, car un enfant sevré a de nombreux besoins. » Elle en appelle à l’État et aux associations pour leur fournir les produits indispensables afin qu’elles puissent assurer un bon allaitement et maintenir leur santé.
Nusra*, une jeune mère de 32 ans séropositive, fait face quant à elle au manque de soutien de son mari et surtout de son incompréhension : « J’ai le VIH, cependant mon époux est en pleine forme et m’encourage à me gérer toute seule. » Néanmoins, étant agricultrice et sans emploi, elle n’a pas assez de moyens pour subvenir à ses besoins : « Notre mauvaise cohabitation nuit directement à notre enfant, qui ne bénéficie plus d’une nutrition appropriée, étant donné que je suis la seule à administrer son régime alimentaire. » Elle a même connu des moments où elle manquait de lait maternel à cause du stress engendré par les violences psychologiques de son époux.
Elle précise que les femmes porteuses du VIH vivant avec des partenaires non infectés font face à des défis spécifiques, étant donné qu’elles ne partagent pas les mêmes circonstances. « Il m’a déjà affirmé que cohabiter avec moi alors que je suis séropositive équivaut à un suicide, car il met en péril sa propre existence. Il m’a laissé un jour, mais il est revenu après l’avoir supplié de nous rendre ensemble à l’hôpital pour obtenir des conseils. » Nusra conclut en sollicitant à nouveau le soutien des organisations pour leur fournir de la nourriture, du sucre, du lait et d’autres produits indispensables.
Soutien communautaire aux mères allaitantes
Toutes les femmes allaitantes, qu’elles soient séropositives ou séronégatives, reçoivent un suivi adapté au sein de la communauté afin qu’elles puissent recevoir des conseils, et même celles qui rencontrent des difficultés sont accompagnées. Certains agents communautaires affirment qu’ils suivent ces femmes depuis le début de leur grossesse jusqu’à l’accouchement, et même après la naissance.
Pélagie Ndayizeye, un agent communautaire indique qu’ils enseignent aux femmes enceintes de la communauté comment avoir l’alimentation équilibrée afin de pouvoir produire suffisamment de lait maternel. « Nous faisons cela parce que dans la commune de Rumonge, beaucoup de gens consomment des poissons, mais ceux-ci ne favorisent pas la production de lait maternel. » Elle ajoute que dans cette commune, les enfants sont en bonne santé, car les compléments nutritionnels appelés ibikarango qu’on donnait auparavant aux enfants souffrant de malnutrition ne sont plus nécessaires aujourd’hui.
Même si cela est ainsi, les difficultés que rencontrent les mères allaitantes ne manquent pas, car il arrive parfois que le mari essaie de fournir une bonne alimentation à sa femme, mais qu’il n’en ait pas les moyens : « C’est pourquoi on encourage aussi les femmes à faire des petits projets afin de pouvoir soutenir leurs époux. De plus, certaines organisations comme Merankabandi ont beaucoup aidé, car l’argent qu’elles ont distribué a été utilisé par les bénéficiaires pour améliorer leurs conditions de vie.
Même s’ils essaient de sensibiliser, conclut Pélagie Ndayizeye, les femmes allaitantes vivant avec le VIH n’aiment pas se manifester publiquement dans la communauté, ce qui rend difficile un suivi adéquat : « C’est pourquoi nous préférons dispenser ces enseignements dans des rassemblements, afin que toutes les femmes puissent en bénéficier. »

Orepa Ngendakumana, représentante du réseau Burundaise des personnes vivant avec le VIH/SIDA (RBP+), antenne de Rumonge, insiste sur la collaboration avec les femmes et les jeunes filles vivant avec le VIH dans des activités de développement dans la commune de Rumonge ainsi que dans toutes ses zones : « Nous leur apprenons à avoir confiance en elles, à intégrer des associations où elles cotisent de petites sommes d’argent, et à entreprendre des projets de développement comme l’agriculture et l’élevage.»
Auparavant, explique-t-elle, les mères vivant avec le VIH étaient prises en charge dès la grossesse, en leur fournissant de la bouillie et du lait, car à cette époque, l’aide arrivait directement chez elles. Mais aujourd’hui, les fonds ne leur parviennent plus directement : ils transitent par l’ANSS, ce qui n’aide qu’un nombre très limité de personnes : « Nous aidons les mères allaitantes à suivre la santé de leurs enfants, à leur administrer les médicaments nécessaires et à les faire soigner. Nous leur conseillons de ne pas donner d’autres aliments ou substances avant le sevrage. » De surcroît, lorsqu’une femme rencontre des complications, comme une blessure au sein, elles font de leur mieux pour leur fournir du lait infantile. « Même lorsque le stock est épuisé, nous essayons de collecter des fonds pour en acheter.» a-t-elle indiqué
Appel à l’aide pour ces femmes et leurs enfants
Mme OREPA plaide pour un appui aux femmes séropositives à travers des initiatives de promotion socio-économique, et recommande que les médicaments destinés aux enfants soient accessibles en tout temps, afin de garantir la continuité des soins et le bien-être sanitaire : « Nous plaidons pour que nos femmes reçoivent des fonds d’investissement afin de se développer, car une fois qu’elles ont commencé le traitement, elles sont en bonne santé, fortes et capables de réaliser des choses. Celles à qui nous avons déjà donné des fonds montrent qu’elles travaillent et progressent. »
Et de conclure en rappelant la pénurie de médicaments comme le sirop Bactrim qui dure depuis longtemps. De plus, ils en sont même arrivés à distribuer des comprimés destinés aux enfants, mais ceux-ci sont également épuisés : « Nous demandons qu’on fasse tout pour nous fournir les médicaments nécessaires afin que le programme de lutte contre le sida soit effectivement mis en œuvre. »
Crise des médicaments : l’aide internationale en cause

Contacté à ce sujet, Dr Aimé Ndayizeye, directeur du programme National de Lutte contre le Sida et infections sexuellement transmissibles au ministère de la Santé, explique la pénurie de médicaments comme le sirop Bactrim destiné aux enfants, par la réduction de l’aide des organisations internationales qui soutenaient le gouvernement du Burundi, certaines ayant même cessé leurs activités.
Malgré cette situation, les équipements et les médicaments pour adultes n’ont pas été interrompus, car le gouvernement continue d’acheter les comprimés de Bactrim pour adultes. Le sirop pour enfants, qui était fourni par les ONG, a connu un retard de livraison. Dr Ndayizeye explique : « Ces derniers jours, vous avez entendu parler de la réduction des aides et de l’arrêt de certaines activités des organisations américaines. Mais les équipements et les médicaments n’ont pas cessé. Le problème est le retard dans l’arrivée du sirop pour enfants, car il ne vient pas en une seule fois, car certains lots peuvent se périmer rapidement. »
En plus du sirop Bactrim, il existe des comprimés destinés aux adultes qui peuvent également être utilisés pour les enfants : « Nous avons envisagé de demander aux centres de santé qui disposent de comprimés Bactrim de 880 mg pour adultes de les administrer aux enfants à raison de 120 mg, afin qu’ils ne soient pas privés de traitement. » Cela permet, insiste-t-il, de combler le manque en attendant la livraison de ces médicaments et pour redistribuer les stocks existants dans les districts qui en ont encore vers ceux qui en manquent. « Le retard de livraison a vidé les stocks nationaux, mais certains districts disposent encore de Bactrim. Nous demandons que les zones bien approvisionnées partagent avec celles qui en manquent, en attendant les nouvelles livraisons. »
Garantir la continuité des services même en cas de retrait des partenaires
Et de tranquilliser la population en affirmant que toutes les mesures sont prises pour que les médicaments soient à nouveau disponibles. Face à cette pénurie, il a annoncé la préparation d’un plan stratégique qui, dans les années à venir, permettra de renforcer les capacités nationales pour lutter contre le VIH/SIDA ; car les aides extérieures diminuent progressivement par rapport aux années précédentes. « L’objectif est de garantir la continuité des services pour la population, même en cas de retrait des partenaires, afin d’atteindre l’élimination du VIH jusqu’en 2030. »
En outre, affirme-t-il, la santé des enfants reste une priorité, et leur protection ne repose pas uniquement sur le Bactrim. D’autres médicaments sont également administrés pour prévenir l’infection. « En plus des traitements, des tests sont réalisés chez l’enfant à 3 semaines, 6 mois, après le sevrage et à 1 an et demi. Si les résultats montrent que l’enfant est porteur du virus, un traitement d’attente est immédiatement commencé, en attendant un test de confirmation. » Comme certaines mères séropositives arrêtent de prendre les médicaments après l’accouchement, il a conclu en les appelant à poursuivre leur traitement pendant toute la période d’allaitement, afin de ne pas transmettre le virus à leur enfant : « Les études montrent que si la mère suit correctement son traitement, le risque de transmission est à 0 %. Toutefois, nous recommandons les femmes séropositives de ne pas allaiter au-delà d’un an. »




