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Saison culturale B: entre promesses de disponibilité des engrais et inquiétudes des agriculteurs

À l’approche de la saison culturale B (Impeshi), l’usine FOMI assure que des milliers de tonnes d’engrais ont déjà été acheminées dans les provinces. Cependant, sur le terrain, des agriculteurs dénoncent un approvisionnement insuffisant et des détournements, tandis que les autorités tentent de renforcer les mécanismes de contrôle.

Selon Jean-Pierre Nzobandora, directeur commercial de la FOMI, 15 000 tonnes d’engrais FOMI Imbura et 4 000 tonnes d’urée ont déjà été acheminées vers les entrepôts répartis dans les cinq provinces du pays. Il s’exprimait lors d’une visite guidée avec des journalistes, effectuée du 2 au 4 février 2026, afin d’évaluer l’état des stocks destinés à la saison culturale B.

Toutefois, la situation varie selon les provinces. Alors que Bujumbura, Gitega et Burunga affirment disposer de quantités jugées suffisantes pour répondre à la demande locale, les provinces de Butanyerera et de Buhumuza estiment n’avoir reçu qu’environ un tiers de leurs besoins réels.

Adélin Niyonsaba, DPAE de Butanyerera: « Nous disposons d’un peu plus de 2 150 tonnes de FOMI Imbura, alors que l’an dernier, nous avions utilisé près de 8 000 tonnes »

À Butanyerera, le directeur provincial de l’Agriculture et de l’Élevage (DPAE), Adélin Niyonsaba, souligne que la pression démographique et la forte dépendance à l’agriculture accentuent les besoins en engrais.

« Nous disposons d’un peu plus de 2 150 tonnes de FOMI Imbura, alors que l’an dernier, nous avions utilisé près de 8 000 tonnes », explique-t-il, précisant que cet engrais est essentiel pour les cultures de légumes et de haricots en saison B.

Dans la province de Buhumuza, le DPAE Melchiade Ntahondereye dresse un constat similaire. Après une consommation d’environ 6 000 tonnes l’année précédente, la province n’a reçu cette année qu’un peu plus de 2 000 tonnes.

Par ailleurs, dans certaines zones rurales, notamment dans la commune de Makamba de la province Burunga, des pratiques préoccupantes sont signalées. Des agriculteurs rencontrés le 4 février 2026 dénoncent des détournements d’engrais vers des circuits parallèles, notamment vers la Tanzanie. « Même lorsque les engrais arrivent dans les dépôts, on nous en donne très peu, puis on nous dit qu’ils sont épuisés », se plaignent-ils.

Face à cette situation, ces responsables provinciaux appellent la FOMI à accélérer la production et la distribution afin que, d’ici la fin du mois de février, les agriculteurs disposent d’engrais en quantité suffisante pour assurer une bonne récolte.

Un manque de données précises…

Jean-Pierre Nzobandora évoque un manque de données précises sur les besoins exprimés par les agriculteurs.

« Nous n’attendons pas nécessairement les chiffres définitifs du ministère. Nous produisons et acheminons d’abord les engrais vers les provinces afin de permettre leur distribution, puis nous ajustons », explique-t-il.

Photo prise dans l’usine de FOMI à Maramvya en commune Ntahangwa de la province Bujumbura le 2 février 2026 lors d’une visite guidée avec des journalistes, montrant l’état de production du fertilisant de FOMI destinés à la saison culturale B

Il se veut toutefois rassurant, affirmant que la capacité de production de l’usine permettra de couvrir la demande. « À l’usine FOMI de Maramvya, à Bujumbura, les machines fonctionnent 24 heures sur 24, avec une production quotidienne comprise entre 800 et 1 000 tonnes. Les camions assurent en continu l’acheminement vers les entrepôts provinciaux », précise-t-il.

Certaines mesures pour sécuriser la distribution

Pour renforcer la transparence, certaines provinces ont instauré de nouvelles mesures de sécurité. À Gitega, le gouverneur Liboire Bigirimana annonce que les dépôts d’engrais dans les zones seront désormais fermés par trois cadenas, détenus respectivement par le transporteur, le chef de la zone et l’agent agricole. « Les stocks ne seront ouverts qu’au moment de la distribution publique » confie-t-il.

Les autorités provinciales assurent que le carburant nécessaire au transport des engrais est désormais disponible, à la suite d’un accord entre le ministère de l’Agriculture et la société pétrolière SOPEBU.

Entre annonces officielles et réalités du terrain, les agriculteurs attendent désormais que ces promesses se traduisent par une disponibilité effective des engrais, condition essentielle à la réussite de la saison culturale B et à la sécurité alimentaire du pays.

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