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Recrudescence d’incendies : reflet d’un marché des assurances en quête de révolution

Win-Club en flammes, le 27/09/2024

Au Burundi, plusieurs propriétaires non assurés, ont tout perdu à la suite d’une série d’incendies. Cependant, le taux de pénétration des assurances en 2023 était de 0,88% seulement. Pourquoi une telle réticence et comment en venir à bout pour un produit dont les avantages ne sont pas toujours évidents. Le point.

Dans la plupart des cas, le bilan des pertes inclut des édifices, diverses marchandises, des véhicules, et parfois même la vie humaine, plongeant les propriétaires dans une profonde détresse. Effectivement, quelques-uns n’ont pas assuré leurs biens auprès des compagnies d’assurances non vie pour recevoir une compensation en cas de sinistre.

À la suite du sinistre survenu au commerce connu sous le nom d’Amédée Business le 3 juin 2025, Jimbere a visité plusieurs boutiques offrant une variété de produits. Les résultats des discussions succinctes mettent en lumière un manque de connaissance en matière d’assurances et de leur rôle crucial. Même les quelques commerçants situés en face du Pont de Bancobu dans le centre-ville qui assurés, l’ont été par contrainte du propriétaire du bâtiment.

« Nous faisons cela uniquement par nécessité, sinon c’est comme si nous perdions de l’argent », et d’expliquer : « Lorsqu’il est question de demander une compensation, les démarches prennent trop de temps. »

Pour  d’autres vendeurs contactés de ce supermarché, ils ne sont pas sûrs si réellement les institutions d’assurances remboursent au sinistré l’équivalent de sa perte.

Entre ignorance et manque de culture

Hasmani Ndayishimiye : »La population burundaise devrait tirer leçon des cas d’incendie déjà observés »

Selon Hasmani Ndayishimiye, chef de département Clientèle et Marketing à l’assurance BIC Non VIE, malgré les efforts de sensibilisations sur l’importance et l’intérêt de souscrire à une couverture d’assurance incendie et risques connexes, il s’observe chez la population une réticence à y adhérer.

De plus, cet expert met en évidence l’absence de culture d’assurance chez certains Burundais. Il souligne : « Les Burundais devraient s’inspirer des incidents d’incendie passés comme l’ancien marché central de Bujumbura qui a brûlé en 2013, ainsi que les récents sinistres du marché de Kamenge, Ruvumera, Galerie Diko en centre-ville et le magasin appelé ‘‘Chez Adams’’, où des pertes financières considérables ont été enregistrées ».

Des avantages

Et de rappeler les avantages de souscrire à cette assurance: « Elle présente plusieurs atouts, allant de la garantie financière lors d’un sinistre à l’encouragement de la maîtrise des risques, tout en contribuant à une meilleure gestion des situations imprévues et à la diminution de la charge en cas d’incident ».

Plus particulièrement pour ce qui est de l’assurance incendie, ce professionnel explique : « Nous offrons une protection financière en cas de dégâts causés par un incendie, une explosion, ou d’autres sinistres liés au feu, ainsi que leurs conséquences et couvrons les dommages matériels au bâtiment et à son contenu, mais aussi la responsabilité civile en cas de dégâts causés à des tiers ».

Cette couverture comprend les risques liés à l’incendie, notamment les explosions, les dégâts causés par la foudre, ou les dégâts liés aux interventions des pompiers et permet de bénéficier d’une aide financière pour s’organiser et retrouver un logement, si ce dernier devient inhabitable.

En outre, au regard du caractère traumatisant d’un incendie, l’indemnisation par assurance permet de soulager le stress financier et psychologique lié à la perte de biens. 

Un secteur encore rudimentaire

Selon le rapport d’Avril 2025  de l’Agence de Régulation et de Contrôle des Assurances (ARCA) pour l’exercice 2023, le taux de pénétration des assurances s’élève à 0,88%. En outre ce rapport montre que la dépense annuelle par habitant en produit d’assurance est de 7716 BIF.

Selon Jean-Paul Roux, consultant et expert international en Assurances et Bancassurance, il souligne que cette couverture est tributaire du niveau économique du pays : « Le taux de pénétration, se calcule sur base des primes qui sont acquises par rapport aux PIB du pays. » Cependant, Monsieur Roux admet que la position du Burundi reste faible par rapport aux pays de la région : « Dans l’Afrique de l’Est, on tourne autour de 2% à 3%

Tableau comparatif

PaysTaux de couverture en 2023
Burundi0.88
Kenya3%
Rwanda1,75%
Tanzanie2%
Ouganda2%,
Afrique hors Afrique du Sud2,6%
Monde7,2%

Cependant cet expert reste optimisme pour le cas du Burundi : il est fort possible de doubler le chiffre d’affaires des assurances d’ici 2030 et atteindre 140 ou 150 milliards.

Un besoin de dynamiser le marché

Pour que le secteur des assurances connaisse son essor, le consultant donne certaines orientations à l’endroit des sociétés d’assurance : « Il faut une segmentation des marchés pour avoir une communication qui soit véritablement en lien avec les risques des petites, les moyennes, les grandes entreprises et les professions indépendantes (Médecins, Avocats, Experts comptables, Commerçants…). Et d’ajouter : « Nous avons donc un marché que nous devons segmenter : les particuliers (dont les ménages, les retraités), le marché des professionnels, et différentes entreprises » pour répondre efficacement à leurs besoins respectifs. »

Ensuite pour optimiser la couverture d’assurance, le marché devrait se doter d’un réseau plus professionnel comprenant les courtiers et les Agents commerciaux des compagnies d’assurance : « La connaissance client est très importante. Avoir des intermédiaires qui sont compétents, dynamiques, sérieux et qui donnent confiance au client. »

En effet, la présence sur le terrain de certaines institutions bancaires ou microfinance confèrent à ces dernières la capacité de toucher une clientèle beaucoup plus vaste. Ainsi, le Consultant trouve que l’implication de ces institutions, avec la Bancassurance est un autre élément crucial pour le développement du marché des assurances.

Renforcer la relation de confiance

Jean-Paul Roux : « L’assurance au Burundi a un bel avenir devant lui si nous jouons la proximité, la qualité de services et le professionnalisme auprès de la population burundaise »

Jean-Paul ROUX revient sur les produits d’assurance qui doivent être attractifs et bien vendu pour cultiver la confiance chez le client. Prenant le cas d’un contrat d’incendie, M. Roux précise que le processus de dédommagement devrait permettre le règlement dans les délais raisonnables : « L’indemnisation des dommages incendie doit aussi se régler dans les 30 à 40 jours après le sinistre, sauf s’il est décelé, une malversation ou une fraude au moment du sinistre. »

Pour faciliter la souscription des contrats Incendie, le Consultant préconise une réflexion avec l’ARCA et l’ASSUR (Association des Assureurs) pour instaurer par décret l’obligation d’assurance incendie notamment pour les bâtiments à usage industriel, commercial, administratif, scolaire ou culturel dans un premier temps.

Bien plus dans ce cas, il appelle à la vigilance et à l’anticipation : « C’est là aussi qu’il faut bien connaître son client, il faut avoir une relation   régulière avec son client, et il ne faut pas dire « mon client, il s’est assuré chez moi, je vais attendre qu’il me sollicite pour m’occuper de lui. En marketing, nous les appelons des « clients dormants ». 

Et d’ajouter : « Ces clients n’ont pas de sinistre et paient rapidement leurs primes. Les compagnies d’assurance et les agents ne les rencontrent jamais et ils sont une proie bénéfique pour la concurrence. Donc, il faut une stratégie commerciale avec des acteurs de terrain disponibles et compétents qui assurent le service après-vente tant au niveau du conseil que de la communication pour la bonne compréhension des garanties accordées par les assureurs. Ceci a un nom en termes de marketing, la gestion de la relation client », a-t-il prévenu.

En outre il suggère aux sociétés d’être à l’avant-garde avec la digitalisation dans la relation avec la clientèle, tant pour la commercialisation des produits que dans le règlement des sinistres surtout en assurance Vie.

Toutefois, vendre l’assurance exige un savoir-faire bien affiné. M. Roux explique : « L’assurance c’est un événement futur incertain », il faut que le consommateur matérialise bien le rapport entre la qualité de services et le prix car le produit d’assurance n’est pas palpable. Le tarif de l’assurance joue un rôle capital dans la décision du client et bien souvent il est surpris agréablement par le niveau de primes pratiqué. Pour cela, il faut disposer d’intermédiaires et d’un personnel en interne bien formés qui puissent mettre leurs connaissances mais aussi leur sens de la pédagogie au service de leurs clients. 

L’expert Jean-Paul ROUX conclut : « L’assurance au Burundi a un bel avenir devant lui si nous jouons la proximité, la qualité de services et le professionnalisme auprès de la population burundaise. »

Au moment de la souscription, il convient de bien analyser le risque pour satisfaire le client et lui proposer les garanties les mieux adaptées à sa situation. 

 

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