L’université du Burundi, en particulier son campus de Mutanga, fait actuellement l’objet de critiques. Suite à l’agression subie par le journaliste Willy Kwizera de Bonesha FM, certains résidents de ce campus révèlent les énigmes qui entourent cet établissement. D’aucuns appellent à une réforme en faveur de la cohésion sociale.
Le campus central de Mutanga de l’université du Burundi surnommé « paroisse universitaire»est, depuis quelques mois, pointé du doigt comme d’un endroit où règne une certaine terreur.

A ce sujet, la direction de cette université a sorti le 21 mai dernier un démenti portant la signature du rectorat. Ce communiqué nie l’existence d’une catégorie d’étudiants qui maltraitent leurs camarades et, faute de plaintes déjà portées à l’autorité universitaire, cette direction traite de mensongères et diffamatoires toutes les informations qui circulent sur la toile au sujet des allégations portées contre de cette institution.
Pour rappel, c’est dans ce campus que le journaliste de la radio Bonesha FM a été violemment agressé par certains des représentants des étudiants sous le guide du délégué de la deuxième année de la faculté des sciences économiques et gestion.
Dans la foulée, le directeur de la radio Bonesha FM avait informé que la direction de son media a déposé une demande d’enquête auprès de la direction de l’université pour que les auteurs du crime soient traduits en justice : « Nous avons fourni toutes les preuves du crime contre notre journaliste, mais nous n’avons pas encore eu de réponse. »
Mais visiblement, l’incident n’est qu’une goutte d’eau qui fait déborder la vase, vu les témoignages de certains étudiants qui logent dans ce campus.
Une sécurité assurée par les étudiants
Bien qu’il y ait une position de police veillant à la sécurité dans les enceintes de l’Université du Burundi, certains étudiants témoignent : « C’est pratiquement le groupe d’étudiants dirigé par le représentant général qui contrôle la sécurité au sein de ce campus. » De ce fait, ils déplorent que ce même représentant ne soit plus étudiant. « Pourquoi continuons nous d’être gouverné en tant qu’étudiants par quelqu’un qui ne l’est plus », s’étonnent-ils.
Sous couvert d’anonymat, un étudiant résidant dans ce campus dans les bâtiments appelées « Tropicana » témoigne : « Depuis 22h les mouvements au sein de campus sont réduits. Car, l’espace est désormais contrôlé par un groupe d’étudiants qui fait la patrouille aux abords. »
Et de décrire: « A 23 h, un couvre-feu est instauré. Ces étudiants qui font la patrouille sont aux aguets pour coincer ceux qui rentrent de l’extérieur du campus pour leurs affaires personnelles. S’il s’agit d’un étudiant garçon qui est attrapé, il est accusé d’ivresse, son téléphone lui est arraché, le menaçant d’être probablement en communication avec les ennemis. Et la remise du téléphone est conditionnée par le paiement d’une somme d’argent. S’il s’agit d’une fille, elle est accusée de prostitution. Son téléphone lui est également arraché pour vérifier sa messagerie et s’il y a de l’argent dans le sac à main, il disparait. »
Un autre étudiant également sous couvert de l’anonymat renchérit : « Il y a une place communément appelé « Inama shingiro » où sont installés les bancs. C’est dans cet espace que ces étudiants rendent des jugements contre leurs camarades présumés déviants. Et en cas de culpabilité, la victime est emmenée dans la chambre appelée Ikosorero (purgatoire) du pavillon 9 où elle subit son sort. »
Notre source raconte qu’aucun autre étudiant non membre de ce mouvement ne peut loger dans une chambre de ce pavillon.
Un paradoxe
Bien que ce groupe d’étudiants veille à la sécurité, cela n’apporte pas de la plus-value quant à la sécurité des biens des étudiants. Certains étudiants dénoncent : « Des vêtements tirés sur les séchoirs, des portes de chambres brisées, machines volées ou encore des téléphones portables et d’autres biens, tels sont les incidents auxquels nous sommes habituées. »
Selon ces dénonciations, même si le voleur est attrapé est qu’il fait partie de ce groupe, aucune sanction ne lui est infligée. Selon leurs observations, il est paradoxal que la sécurité soit intensifiée et que les cas de vols s’amplifient.
Gestion lacunaire des chambres
Ces étudiants font noter qu’il y a deux principales voies pour accéder à la chambre universitaire : « La première, qui est la voie officielle, consiste à soumettre une demande écrite au chargé des logements universitaires. » A ce propos, une chambre attribuée officiellement implique la retenue de 7 000 BIF sur le prêt-bourse par mois.
Toutefois, lance un étudiant qui loge dans l’un des pavillons, il existe un marché informel des chambres : « Certains étudiants, notamment les nouveaux venus, doivent verser une somme négociée aux régents (les gestionnaires du logement), afin de bénéficier d’une chambre sans subir les retenues officielles » Dans ce cas, fait-il savoir, ils paient directement un loyer aux régents ou occupent gratuitement ces chambres. Ainsi, certaines chambres sont occupées par d’anciens diplômés qui travaillent en ville et y retournent pour dormir, ainsi que par des personnes qui n’ont jamais étudié à l’université. »
« Il ne sert à rien de nier l’évidence »
Docteur Désire Nisubire, président du syndicat du personnel enseignant à l’université du Burundi n’y va pas par quatre chemins. Quelque chose doit changer pour redorer l’image de l’Université du Burundi…
Quelle est votre lecture sur la gestion sécuritaire au campus Mutanga?
Je ne comprends pas comment un groupe d’étudiants peut s’ériger comme chargé de sécurité, alors que, généralement, l’université du Burundi est dotée d’un service de sécurité qui est dirigé par un colonel de la police que nous connaissons bien. Et comment, ce groupe travaille avec le service de sécurité ? S’il y a quelque chose qui nécessite, bien sûr, de la sécurité, ça devrait être de l’apanage du service de sécurité, mais pas d’un groupe d’étudiants qui s’érigent à une police universitaire. Ça, c’est regrettable.
Quels sont les impacts de cette situation sur l’image de l’université ?
Les impacts sont franchement négatifs. Parce que s’il y a un groupe d’étudiants qui agit comme de la police universitaire, ça veut dire que d’autres étudiants vont avoir des problèmes à y rester. D’autres étudiants peuvent généralement, par exemple, essayer de se défendre. Si, ces étudiants continuent à les agresser, absolument qu’il puisse y avoir d’autres problèmes d’ordre sécuritaire à l’université du Burundi.
Plus encore
Ensuite, il y aura une détérioration de ce qu’on appelle « complicité universitaire ». C’était une complicité positive. Et la solidarité universitaire, c’est ça qui a guidé l’université du Burundi depuis longtemps. C’est pourquoi les étudiants disaient que l’université du Burundi est un Rumuri (flambeau), car les étudiants avaient une complicité positive à faire changer les choses et à chercher l’intérêt commun. Si, maintenant, il y a des étudiants qui s’érigent en une police, cela signifie qu’ils vont détruire cette solidarité universitaire, et, généralement, ça, c’est la jungle. Personne ne saura quoi faire. Et, bien sûr, la qualité de l’enseignement, donc l’apprentissage, va être aussi affectée.
Et quant au futur de cette institution ?
Comment est-ce qu’une institution qui est comme ça peut continuer à fonctionner ? Plus tard, peut-être, s’il y a une « police » universitaire qui peut s’attaquer à la direction elle-même. Je crois qu’il y a eu un cas où une association des étudiants, donc à l’époque c’était ASSER, a séquestré la direction de l’université du Burundi. Mais, quand même, il n’y avait pas de tapage. Et la direction du Burundi a pris la décision de suspendre les actions de cette association.
S’ils veulent que les choses continuent comme ça, c’est-à-dire que ces étudiants, maintenant, ils sont en train de terroriser d’autres étudiants ou bien d’autres personnes qui entrent à l’université. Plus tard, ils peuvent terroriser les enseignants, ils peuvent terroriser la direction aussi de l’université du Burundi. Et, finalement, ça sera difficile à gérer.
Que pensez-vous de la gestion actuelle des logements universitaires ?
C’est un sentiment d’amertume d’autant plus que l’université du Burundi a déjà dit qu’elle est incapable de loger des étudiants dans les homes universitaires. Mais quand on entend qu’il y a des anciens étudiants qui restent toujours là, c’est généralement contre l’université elle-même. Parce que, normalement, il y a longtemps, quand un étudiant termine, il devait quitter le campus et les homes universitaires. Maintenant, il y aurait des étudiants qui font louer, qui font louer les homes universitaires. Et maintenant, comme le loyer monte aussi à l’extérieur du campus, eux aussi haussent le loyer à l’intérieur du campus, donc, au niveau des homes universitaires, il faut, franchement, que la direction de l’université du Burundi s’attelle à cette question.
Mais tout cela est balayé d’un revers de la main par l’autorité universitaire
Ça ne sert à rien de refuser des choses dont les gens sont en train de parler avec des preuves, de nier l’évidence. Donc, j’inviterai le service de sécurité de l’université du Burundi et la direction de l’université du Burundi à vérifier tous ces cas-là et, généralement, à établir l’ordre à l’intérieur du campus universitaire pour que tout étudiant qui se trouve là puisse recouvrer sa sécurité, pour que tous les étudiants puissent apprendre avec sérénité.
A quoi devrait ressembler la représentation des étudiants ?
Normalement, la représentation des étudiants a été décidée il y a longtemps. Et les étudiants ont le droit d’être représentés, il n’y a pas de souci. Mais est-ce que, maintenant, l’université vérifie la manière dont ces représentants sont élus? Quel est le code de conduite pendant les élections des représentants ? Est-ce l’université qui se charge de ce processus ou bien il y a un groupe d’étudiants qui se donnent le droit d’élire ceux qu’ils veulent, ou bien, même si vous me dites qu’ils ne sont même plus des étudiants, alors ils ont été élus comment, alors qu’ils ne sont même plus étudiants ? Est-ce que les élections se passent annuellement ? Ou les élections se font une fois pour toutes ? Là, sont des questions qui méritent, bien sûr, d’être bien étudiées profondément, pour redonner l’image de l’université du Burundi, pour que ça soit une institution Urumuri, comme elle l’a été, il y a longtemps.
Que conseillez-vous à la communauté estudiantine pour consolider la cohésion sociale ?
Je crois que les étudiants ont toujours cette valeur de chercher des intérêts communs, de défendre les droits communs. Alors je dirai aux étudiants de continuer dans cette voie, de ne pas écouter les gens qui les détournent de la mission principale, parce qu’ils vont voir ça. J’essaie de donner des exemples. Il y avait des moments où il y avait des jeunes qui ont été manipulés par les pouvoirs politiques… C’était, dans le temps, par exemple, ce qu’on appelait les sans-échecs. Maintenant, ils sont où ? On ne les voit plus.
Ce sont les étudiants qui ont toujours gardé la meilleure voie d’étudier et de suivre la voie normale des choses qui ont progressé. Tous ces étudiants qui, généralement, peuvent être manipulés, s’exposent à un futur qui est malsain. Donc je dirai aux étudiants de ne pas suivre de telles voies et de s’atteler à l’éducation, à la formation, parce que c’est ça qui va leur donner de l’importance.
Observations du Professeur Libérât Ntibashirakandi

Ancien enseignant à l’université du Burundi, Libérât Ntibashirakandi n’est pas indiffèrent à ce qui se rapporte au sujet de la vie au Campus Mutanga. Dans une interview accordée au journal Iwacu, ce sage se base sur le récent communiquée du recteur de l’Université du Burundi.
M. Ntibashirakandi trouve que le rejet des allégations sur les barbaries à l’université du Burundi n’est pas un choix judicieux. Pour lui, il est crucial de mettre en place immédiatement une commission d’enquête neutre afin d’élucider ces bavures attribuées à cette institution : « Il faudrait, me semble-t-il, établir la vérité afin de prendre toutes les mesures sécuritaires pour éviter qu’un drame se commette. »
Soulignant le risque d’une persistance de cette situation à cause du laxisme, le professeur prévient : « Les campus universitaires ne doivent pas être des lieux de violence, mais plutôt un espace d’épanouissement, un environnement propice à l’apprentissage et au bien-être de tous les membres de la communauté universitaire ».
Et d’ajouter que l’insécurité dans les enceintes universitaires donne lieu à la peur, l’angoisse et conduit même à l’abandon des études pour certains étudiants. De plus, selon toujours le professeur, ce climat affecte négativement les victimes mais aussi les auteurs dont il détourne la mission principale, celle d’étudier.
Par ailleurs, insiste le professeur, au-delà des conséquences individuelles directes, il s’inquiète de ce que cette situation reflète l’image de l’avenir du Burundi : « L’Université du Burundi est le flambeau qui éclaire en principe la Patrie dans le choix des politiques, d’une vision pour un avenir meilleur des générations futures. C’est l’université qui prépare les futurs gestionnaires du pays »
Conseils
Libérât Ntibashirakandi appelle la jeunesse burundaise, en particulier la communauté estudiantine a une solidarité et a une résistance aux manipulations politiciennes. Il déclare : « Vous constituez une force immense et un espoir pour le Burundi. Ne cherchez jamais à faire du mal à vos camarades étudiants et étudiantes malgré vos différences »,
Ce sage lance un appel aux étudiants résidants dans les campus universitaires : « Apprenez chères étudiantes, chers étudiants à vivre ensemble dans les campus universitaires comme des frères-sœurs et préparez-vous à bâtir un Burundi paisible, uni, réconcilié, digne, moderne et prospère ! »
En outre Libérât encourage les autorités de l’université du Burundi à fournir des efforts pour avoir la vérité sur ce qui se fait ces derniers jours dans le campus Mutanga et d’initier le dialogue inclusif de la communauté universitaire afin d’y restaurer le climat pacifique.




