L’intelligence artificielle (IA) suscite des débats croissants au Burundi, notamment dans l’éducation. Certains enseignants expriment des préoccupations quant à son impact sur les compétences cognitives des élèves. Le point.
André Ntahomvukiye, responsable du 4ème cycle à l’école Indépendante n’y va pas par le dos de la cuillère: « Je crains que cette technologie ne transforme à la longue des élèves en enfants médiocre. » Pour lui, il est nécessaire d’enseigner son fonctionnement pour éviter une dépendance excessive. Désiré Ndayishimiye, enseignant à l’ETS Kamenge, reconnaît les avantages de l’IA pour faciliter l’accès à l’information, mais met en garde contre une réduction de la capacité de réflexion des élèves.

Du côté des élèves, certains perçoivent l’IA comme un outil d’assistance précieux. G.S., étudiant en 2ème année, utilise ChatGPT pour ses devoirs et estime que cela l’aide considérablement. Cependant, Dalek Kazungu, étudiant au Canada, souligne que l’utilisation de l’IA pour accomplir des devoirs peut être perçue comme du plagiat et recommande son usage pour approfondir la compréhension des sujets plutôt que pour faire le travail à la place des élèves.
L’UNESCO appelle à une utilisation réfléchie
Face à ces enjeux, des initiatives voient le jour pour intégrer l’IA de manière éthique dans l’éducation. Sous le thème « l’IA et l’éducation: préserver l’autonomie dans un monde automatisé » L’UNESCO, par exemple, a dédié, le 24 Janvier 2025, la Journée Internationale de l’Éducation 2025 à l’IA, appelant à une utilisation réfléchie de cette technologie pour préserver l’autonomie des élèves dans un monde automatisé. Par ailleurs, l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) a lancé une initiative visant à combler le déficit mondial de compétences en IA, avec une plateforme de formation en ligne accessible aux pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est, y compris le Burundi.
L’UNESCOa saisi cette journée pour :
- Appeler un développement éthique de l’IA dans l’éducation ;
- Insister sur l’importance de l’esprit critique, de l’humain au centre de l’apprentissage, et du rôle des enseignants ;
- Encourager les états membres à adopter des politiques responsable face à l’intégration de l’IA dans les systèmes éducatifs.
Le ministère de l’Éducation reconnait l’IA comme un outil de l’apprentissage

Selon André Nduwimana, directeur général des curricula et des innovations pédagogiques au ministère de l’Éducation, Le vrai problème réside dans la manière dont l’intelligence artificielle (IA) est utilisée. L’IA peut contribuer à l’acquisition de connaissances, mais elle peut aussi déstabiliser mentalement certaines personnes si elle est mal utilisée.
Les enseignants doivent s’interroger sur la façon de transmettre des éléments qui construisent véritablement l’enfant, et l’enfant, à son tour, doit développer un esprit critique afin de discerner ce qui lui est utile, car l’IA ne remplacera jamais l’enseignant.
« Au ministère de l’Éducation, nous reconnaissons l’IA comme un outil capable d’aider dans l’apprentissage, mais ce qui importe, c’est de savoir comment elle est utilisée. » il a encouragé les enseignants à proposer aux élèves des sujets de société qui exigent réflexion et esprit critique, afin qu’ils apprennent à bien raisonner.
« Nous préparons un message officiel sur la manière d’aborder l’IA, afin que l’enfant sache comment se positionner face à cette réalité. En mai, un forum sera organisé et ce sujet fera partie des discussions, car il ne concerne pas seulement l’école, mais toute la société. »
Il a déclaré que certains parents se désengagent de l’éducation de leurs enfants. Nduwimana leur a demandé de s’impliquer, afin que ce progrès ne détruise pas ces derniers, mais qu’il les construise.
En conclusion, bien que l’IA offre des opportunités d’amélioration de l’éducation au Burundi, son intégration nécessite une approche équilibrée, alliant formation, éthique et réflexion critique, afin de garantir qu’elle serve véritablement les intérêts des élèves et de la société




