Face aux défis environnementaux croissants, le gouvernement burundais plaide pour l’agroforesterie et l’usage du gaz de cuisson pour préserver les forêts et améliorer la sécurité alimentaire. Un atelier organisé à Bujumbura a réuni des experts pour discuter des solutions durables et s’inspirer de modèles régionaux, notamment celui du Kenya.
Emmanuel Ndorimana, secrétaire permanent au ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage, a appelé les Burundais à adopter la plantation d’arbres et l’utilisation du gaz de cuisson comme alternative au charbon de bois, afin de préserver les forêts et accroître les récoltes.

Il s’exprimait lors du lancement officiel d’un atelier organisé le 18 avril 2025 à l’hôtel La Détente à Bujumbura par le ministère à travers l’Office Burundais pour la Protection de l’Environnement (OBPE), en partenariat avec l’International Fertilizer Development Center (IFDC en sigle), dans le cadre du projet PAGRIS soutenu par l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas au Burundi.
L’atelier visait un échange entre les acteurs œuvrant dans le secteur agroforestier sur les stratégies pour promouvoir l’agroforesterie, en intégrant la plantation d’arbres dans les systèmes agricoles. De plus les participants devraient travailler ensemble pour la mise en place d’une feuille de route stratégique afin de prioriser les activités sur lesquelles investir à cours et moyens termes.
L’agroforesterie au cœur des priorités
« J’invite chaque agriculteur à collaborer avec les agronomes pour planter des arbres compatibles avec leurs cultures. Cela contribuera à lutter contre l’érosion, à atténuer les effets du changement climatique et à améliorer la sécurité alimentaire », a souligné Emmanuel Ndorimana.
Il a également encouragé les organisations non gouvernementales à s’impliquer davantage dans des initiatives de production des semences et des plants agroforestiers y compris les fruitiers et les essences autochtones en collaborant avec les institutions étatiques en charge comme l’OBPE et l’ISABU et a exhorté la population à opter pour le gaz de cuisson pour réduire la pression sur les ressources forestières.

De son côté, Micaël Beun, chargé de projets à l’IFDC, a rappelé que l’organisation œuvre dans l’agroforesterie depuis 2007. Depuis mars 2020, ces efforts sont intégrés au sein du projet PAGRIS, qui vise à préserver la fertilité des sols burundais. « Nous avons déjà planté plus de 5 millions d’arbres sur 212 collines dans 20 communes réparties sur 7 provinces. Et ce n’est qu’un début », a-t-il indiqué.
Des défis à relever
Malgré ces avancées, des défis persistent, notamment le manque de semences de qualité et l’insuffisance de connaissances techniques parmi certains partenaires et les communautés agricoles. Pour y remédier, l’IFDC prévoit d’intensifier la production de semences et de renforcer la collaboration avec d’autres acteurs afin d’assurer une meilleure disponibilité de plants et une sensibilisation accrue des agriculteurs à l’agroforesterie.
Ce projet se veut une réponse durable aux enjeux environnementaux et socio-économiques du pays, en promouvant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement tout en améliorant les revenus des ménages ruraux.
Des leçons utiles
Le Kenya s’est engagé dans une politique environnementale ambitieuse : planter 15 milliards d’arbres entre 2023 et 2032. Cet objectif s’inscrit dans une stratégie globale visant à accroître la couverture forestière nationale de 7 % à plus de 10 %.

Pour y parvenir, selon la présentation d’Erick Otieno Wanjira, le chercheur kenyan en agroforesterie chez Centre for International Forestry Research and World for Agroforestry (CIFOR-ICRAF), le pays a mis en œuvre plusieurs initiatives : études sur les écosystèmes, intégration de l’éducation à la reforestation dans les écoles, sensibilisation des agriculteurs et des organisations agricoles, multiplication des pépinières, ainsi que l’allocation de plus de 80 millions de dollars à ce programme
Inspiré par cette dynamique, Alain Niyungeko, coordinateur de la composante Bassins Versants au sein du Projet PAGRIS à l’IFDC, a partagé les enseignements tirés d’une mission d’étude menée au Kenya du 16 au 20 février 2025. Cette mission a été réalisée en collaboration avec l’ISABU, l’OBPE et le ministère burundais en charge de l’environnement.
Selon lui, la réussite d’un programme d’agroforesterie commence par des recherches approfondies sur les espèces d’arbres pouvant cohabiter avec les cultures agricoles, en privilégiant notamment celles qui répondent aux besoins des agriculteurs comme la production des fruits, les propriétés médicinales, l’alimentation du cheptel, la production de la biomasse facilement décomposable, la croissance rapide, la cohabitation avec les cultures vivrières, etc. Il a également souligné l’importance d’appliquer des techniques de plantation variées, capables de répondre aux défis tels que l’érosion des sols ou le changement climatique.
Les résultats de cette mission ont été bien accueillis lors de la session de restitution. Les participants ont salué ces approches innovantes et ont exprimé leur souhait de les voir intégrées dans les projets environnementaux futurs du Burundi, notamment dans le cadre de la mise en œuvre d’une feuille de route qui faisait l’objet de l’atelier
PAGRIS : une agriculture burundaise tournée vers la durabilité et la résilience
Depuis mars 2020, le Burundi bénéficie de l’appui du projet PAGRIS (Projet d’Appui pour une Gestion Responsable et Intégrée des Sols), mis en œuvre par l’organisation IFDC avec le soutien financier de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas. Ce programme ambitieux, qui se poursuivra jusqu’en juin 2025, vise à renforcer la durabilité écologique des terres agricoles, en misant notamment sur l’agroforesterie.
À travers deux approches complémentaires – la Gestion Intégrée de la Fertilité des Sols (GIFS) et le Plan Intégré de l’Agriculteur (PIP) – le projet accompagne les exploitants dans l’élaboration de plans de gestion durable, aussi bien à l’échelle de la parcelle que des bassins versants et des communautés locales.
L’agroforesterie occupe une place de choix dans cette stratégie. Elle permet non seulement de restaurer les paysages et de lutter contre l’érosion, mais aussi de diversifier les revenus grâce à la production de fruits et de bois.
Les objectifs du projet sont ambitieux : atteindre 100 000 exploitations familiales et mettre en œuvre des pratiques durables sur 14 000 hectares de terres agricoles. À ce jour, les résultats sont déjà palpables. Le projet a permis d’améliorer la gestion communautaire des paysages, des pentes et des bassins versants, notamment grâce à des actions collectives menées dans plusieurs régions du pays.
Parmi les actions phares figurent la formation des agriculteurs aux bonnes pratiques agricoles intégrées, la distribution de semences de qualité, ainsi que la sensibilisation à la plantation d’arbres en association avec les cultures, dans une optique de fertilité et de résilience face aux aléas climatiques.




