Jimbere

Kirundi French
Education

Internats scolaires : 5000 nouvelles places attendues

François Havyarimana, ministre de l’Éducation, a fait cette déclaration lors du lancement du concours de 9ème, édition 2025, en province de Rutana. Bien qu’elle ait reçu un accueil favorable, cette initiative suscite des préoccupations quand on considère les conditions de vie actuelles des élèves internes…

Pour comprendre l’origine de cette décision, ramenons-nous brièvement au premier trimestre de l’année scolaire en cours. Certaines matières qui avaient été éliminées dans les internats, comme les langues, ont été réintégrées par le ministère de l’Éducation. Une décision qui a suscité une large adhésion, tant chez les élèves que leurs parents, bien que certains défis demeurent, dont l’insuffisance de ressources éducatives telles que les laboratoires, les bibliothèques et les manuels scolaires.

De plus, en début d’année, nous avons partagé les inquiétudes des parents concernant les conditions de vie dans les écoles avec internat, notamment une alimentation insuffisante et non équilibrée, des dortoirs en mauvais état et des matelas usés.

Dans la seule province Mwaro, plusieurs parents avaient opté pour l’inscription de leurs enfants dans des pensionnats tenus par des religieuses ou des prêtres résidant ailleurs, jugeant que ces institutions offrent un environnement éducatif supérieur et une alimentation plus ou moins satisfaisante. « Nous les envoyons là-bas parce qu’ils prennent bien soin des élèves et intègrent des éléments religieux dans leur enseignement », disaient-ils.

Pour revenir à la récente annonce du Ministère d’ajouter 5000 élèves pour l’année scolaire 2025-2026, bien que cela ait été salué par beaucoup, plusieurs questions restent en suspens, notamment sur les conditions de vie des élèves en internat qui restent préoccupantes, les moyens qui seront mis en place ainsi que les avantages que cette initiative apportera au secteur éducatif.

La persistance de conditions de vie difficile dans ces écoles

Emmanuel Mashandari, président du syndicat Conapes

Emmanuel Mashandari, président du syndicat Conapes, remarque que certaines écoles à internat, qu’elles soient situées dans la ville de Bujumbura ou à l’intérieur du pays, font face aux mêmes difficultés. Habituellement, les élèves déplorent la piètre qualité et l’insuffisance des repas, les conditions d’hébergement déficientes avec des matelas en mauvais état qui contraignent certains à partager un lit, le déficit de matériel éducatif tel que les manuels scolaires, ainsi que le manque de bancs pupitres où trois élèves doivent s’asseoir ensemble.

Ces défis, explique le président du Conapes, combinés à un manque d’enseignants qualifiés dans les sujets du modèle d’école fondamentale, entravent leur éducation et ont un effet néfaste sur leurs résultats scolaires.

Et ces les problèmes, poursuit-il, sont particulièrement visibles dans les internats publics, où la majorité d’entre eux viennent de familles modestes : « Ce qui rend difficile d’obtenir les contributions des parents, car eux-mêmes ont besoin de l’aide. Mais la situation est différente dans les internats gérés par les religieuses, où les élèves issus de familles aisées bénéficient de meilleures conditions et où les parents comprennent l’importance de leur contribution financière. »

Une avancée éducative malgré les défis…

Selon le ministère de l’Éducation et divers intervenants, l’augmentation du nombre d’élèves dans les écoles à statut d’internat sera bénéfique pour le secteur éducatif. Elle stimule, affirme François Havyarimana, l’éducation des enfants, puisqu’ils ne sont plus détournés par des facteurs externes : « Ils ont le temps requis pour revoir, étudier et se reposer, ce qui favorise une meilleure assimilation des savoirs. »

Un professeur de l’Université du Burundi, s’exprimant anonymement, partage une opinion similaire : « L’établissement de 5 000 nouvelles places en internat offre des bénéfices notables, y compris une progression des conditions d’éducation ». Et de préciser : « Les élèves internes profitent d’un environnement plus stable et favorable à l’étude, doté d’un éclairage approprié, d’une supervision organisée et d’une discipline accrue. » Selon lui, cette initiative aura une influence favorable sur les performances académiques.

Effectivement, la présence d’un encadrement constant et d’un suivi intensifié contribue souvent à des taux de réussite plus élevés en internat. Il conclut que cette amélioration du système éducatif reflète un véritable investissement dans l’infrastructure scolaire et prépare également le système à gérer plus efficacement l’afflux grandissant d’élèves.

Sur le plan pédagogique, l’élève bénéficie d’un temps d’étude optimal, car il n’a pas à combiner ses études avec d’autres activités domestiques comme aller puiser de l’eau, cuisiner ou travailler dans les champs, ce qui serait le cas s’il étudiait tout en rentrant chez lui chaque jour. « À l’internat, il peut consacrer tout son temps à ses études, y compris le soir, lors des séances d’étude personelle. »

Une mesure  nécessitant  une préparation rigoureuse

Toutefois, insiste M. Mashandari, cette décision nécessite des mesures accompagnatrices pour être mise en œuvre efficacement, car les élèves actuellement en internat vivent déjà dans des conditions difficiles. Par ailleurs, pour le secteur de l’éducation, il s’agit d’un processus progressif qui exige de commencer à la base et d’avancer étape par étape. « Un enfant qui n’a rien acquis en première et en deuxième année aura du mal à progresser dans les classes suivantes. Pour que la qualité de l’éducation retrouve son éclat, il faut commencer  à la base. »

Par ailleurs, rappelle ce syndicaliste, lorsqu’un programme d’études est reformé, il y a de nouvelles matières ajoutées qui nécessite de la pratique. Malheureusement, les élèves ne les apprennent souvent pas de manière adéquate :  » Par exemple, ils ont introduit en 2013 un cours de TIC qui exige que les élèves utilisent des ordinateurs. Pourtant, on constate parfois que certains établissements possèdent des ordinateurs mais n’ont pas d’électricité, ou que l’électricité est disponible mais sans ordinateurs, ou encore que plus de 10 élèves doivent partager un seul ordinateur. Par conséquent, avant de mettre en œuvre les mesures, il est essentiel de bien les planifier. »

Cet avis est partagé par l’enseignant de l’Université du Burundi ci-haut cité qui estime également que cette mesure ne sera bénéfique que si elle s’accompagne de ressources concrètes : « Dans le cas contraire, elle pourrait accentuer les difficultés existantes dans de nombreux établissements car la capacité d’accueil étant limitée, certains établissements souffrent déjà d’un manque de lits, de dortoirs, de sanitaires et de cuisines, etc. »

De plus, ajoute-t-il, l’approvisionnement est un défi majeur car la prise en charge d’un plus grand nombre d’élèves exige un budget alimentaire revu à la hausse. Or, plusieurs internats peinent à répondre aux besoins actuels.

David Ninganza, vice-président de la SOJPAE

David Ninganza, vice-président de la Société des Jeunes pour la Promotion et l’Avancement de l’Éducation (SOJPAE), considère l’établissement de nouveaux établissements scolaires comme un indicateur d’ambition visant à rehausser la qualité de l’éducation. Cependant, il insiste sur l’importance vitale de leur durabilité, qui requiert un examen approfondi pour déterminer les défis à relever, notamment en ce qui concerne la nutrition des élèves.

Une préparation est déjà en cours…

En réponse à ces préoccupations, le ministre de l’Éducation rassure : « les préparatifs pour l’application de cette décision progressent favorablement. » Le pays compte 101 établissements d’enseignement avec internat, et toutes les mesures nécessaires sont mises en place pour accueillir plus de 40 000 élèves pour la prochaine année scolaire. Par ailleurs, les ressources disponibles : « Les lits et les matelas sont déjà préparés, et l’acquisition de chaudrons est actuellement en cours. » Ces installations, souligne-t-il, permettront aux internats de recevoir plus de 40,000 étudiants pour l’année scolaire 2025-2026. En outre, le budget dédié au ministère pour l’exercice 2025-2026 inclut les ressources nécessaires.

Des recommandations…

Afin de répondre à ces enjeux, M, Ninganza suggère plusieurs pistes. Il recommande de hausser les allocations quotidiennes de 2000 FBu par élèves, octroyées par le ministère de l’éducation aux chefs d’établissement scolaire, pour leur offrir la possibilité d’améliorer la nutrition et le logement des élèves. Il propose aussi que l’État mette à disposition des écoles des terres agricoles pour la culture de produits alimentaires, ce qui aiderait à diminuer les dépenses et assurerait une provision alimentaire stable.

Et d’inciter aussi les établissements scolaires à se lancer dans des projets d’élevage, comme l’élevage de volailles ou de porcs, pour créer des revenus additionnels et rehausser la qualité nutritionnelle des élèves. Il est d’avis que la sélection des directeurs d’établissement scolaire devrait privilégier leurs aptitudes en matière de gestion éducative, au lieu de considérer des critères politiques. Il souligne également la nécessité de doter les écoles de matériel approprié : des laboratoires pour les filières scientifiques et des bibliothèques pour les filières littéraires, dans le but de garantir une éducation de qualité.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top