Fermée depuis le 10 décembre 2025 en raison de l’insécurité liée à la guerre en RDC, la frontière Gatumba-Kavimvira a bouleversé la vie des commerçantes transfrontalières. Entre pertes financières, endettement, détresse psychologique et difficultés familiales, ces femmes appellent à un soutien pour relancer leurs activités.
Les femmes engagées dans le commerce transfrontalier affirment que la fermeture de la frontière Gatumba-Kavimvira leur a causé de lourdes pertes économiques, mais aussi de profondes tensions au sein de leurs foyers. Elles expliquent que plusieurs acteurs de la chaîne commerciale -transporteurs à moto ou en tuk-tuk, grossistes et revendeurs – sont également touchés.
L’absence de circulation entre le Burundi et la RDC a paralysé les échanges, entraînant une chute brutale des revenus. « Toute l’activité s’est arrêtée du jour au lendemain », confie l’une des commerçantes.
Témoignages : entre pertes et reconversion forcée
N.D., vendeuse de jus au poste-frontière de Gatumba, raconte avoir subi de lourdes pertes financières.
« Depuis la fermeture de la frontière, alors que nous livrions des marchandises au Congo, nous avons perdu beaucoup d’argent. Nos clients ont fui à cause de la guerre. Certains sont dans des camps, d’autres ont disparu. Nous ne savons même pas s’ils reviendront un jour », témoigne-t-elle.
Elle ajoute que les conséquences se font sentir jusque dans les ménages. Les familles peinent à subvenir à leurs besoins essentiels, et les enfants en sont les premières victimes. Pour survivre, elle s’est reconvertie dans la vente de vêtements.

De son côté, Solange Irankunda, présidente de la coopérative Dufatane mu nda Bakenyezi, évoque l’ampleur des pertes.
« Je vendais de l’eau, de la farine de maïs et des jus. Aujourd’hui, je vends du poisson. Le jour de la fermeture, j’avais déjà acheté des marchandises pour le Congo. Quand les bombes ont explosé, j’ai tout abandonné là-bas », raconte-t-elle.
Selon elle, malgré les efforts de reconversion, les revenus actuels restent très inférieurs à ceux d’avant. « Les enfants qui prenaient le bus pour aller à l’école doivent maintenant marcher », déplore-t-elle.
Appels à l’assistance et à l’accompagnement
Face à cette situation, les commerçantes réclament un soutien urgent. N.D. insiste sur la nécessité d’un accompagnement étatique : « Nous avons besoin de formations et d’un appui financier. Beaucoup sont traumatisées et surendettées à cause des marchandises perdues au Congo », plaide-t-elle.
Solange Irankunda appelle, quant à elle, à une réouverture de la frontière dès que la sécurité le permettra. « Sans sécurité, nous continuerons à perdre. Mais si la situation s’améliore, il faut rouvrir pour que nous puissions rembourser nos dettes et relancer nos activités », implore-t-elle.
L’ACTF tire la sonnette d’alarme
Niyonkuru Ida, représentante des commerçants transfrontaliers de Gatumba-Kavimvira, indique que plus de 5 000 membres affiliés à l’ACTF (Association des Commerçants Transfrontaliers ACTF/BU) sont affectés.
Selon elle, les pertes atteignent près de 80 % des revenus habituels. « Certains vendent même leurs vêtements pour manger, d’autres se tournent vers la prostitution. Nous demandons à l’État d’envisager sérieusement la réouverture », affirme-t-elle.
Elle se réjouit toutefois de l’appui de certaines organisations qui encouragent la création de coopératives afin de renforcer la résilience des commerçants.
Polycarpe Kubwayo, de l’ACTF/BU, qui encadre ceux exerçant ce type de commerce, confirme ces difficultés : « Nous encourageons désormais les commerçants à se tourner vers le commerce intérieur ou vers d’autres zones frontalières encore ouvertes », explique-t-il.
Réouverture : entre espoir et prudence
La question de la réouverture de la frontière reste au centre des préoccupations. Le 26 janvier 2026, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, avait annoncé une réouverture imminente.
« Dans deux ou trois jours, je vous annonce la réouverture de la frontière entre le Burundi et la RDC, à Gatumba », avait-il déclaré.

Cependant, trois jours plus tard, le ministre burundais des Relations extérieures, Édouard Bizimana, a appelé à la prudence.
« Nous devons d’abord évaluer la situation sécuritaire avant toute décision. L’ouverture dépendra de l’absence de tout obstacle », a-t-il précisé.
En attendant une décision officielle, des milliers de commerçantes continuent de vivre dans l’incertitude, espérant une reprise rapide des échanges pour retrouver leur autonomie économique.




