Nombreuses sont celles qui écoutent à peine ce que dit l’officier d’état civil le jour du mariage, pressées de commencer le grand voyage de vie commune. Une fois au foyer, elles assument toutes les charges familiales. C’est ce qui est arrivé à plusieurs femmes de Mpanda qui, au lieu de se résigner, se battent pour subvenir aux besoins de leurs enfants…
ll est presque onze heures quand nous arrivons au chef-lieu de la commune Mpanda. Kw’i pera. C’est exactement l’endroit où nous devons rencontrer Antoinette Ndayitegeyamashi, une femme abandonnées par son mari. Elle aura su développer une résilience exceptionnelle, afin de rebondir, et réécrire son histoire et celles de ses consœurs ayant vécu le même sort.
Elle nous attend sur place et nous décrit au téléphone le pagne rouge et le t-shirt blanc qu’elle porte, on l’aperçoit de loin sans risquer de se tromper. L’astre luisant au-dessus de sa tête, elle s’en soucie le moins, tellement elle en a marre de cette résignation qu’impose la société à plusieurs femmes victimes de violences basées sur le genre. Un sourire fort aux lèvres, elle nous accueille chaleureusement, et nous invite à la suivre sous un arbre située a quelques mètres de kw’i pera afin d’y trouver d’autres membres de son association. Nous appréhendons ce que va être leur témoignage à tous les sept.
Gérardine Nizigiyimana, bien qu’élégante, cache derrière son sourire une force mentale. Elle n’a pas grandi résiliente, mais elle a dû la développer après être déçu par l’homme à qui elle avait dit oui pour la vie dans le bonheur et l’adversité. Son mari a commencée à développer de la paresse et à la laisser travailler seule dans les champs, et à supporter seule les charges du foyer. Il passait son temps à prendre de l’alcool dans différents bistrots, et à draguer d’autres filles.
Brisées mais pas vaincues
Quand venait le moment de la récolte, son mari vendait toute la récolte et la laissait dépourvu de vivres pour leurs enfants. « Je devais redoubler d’efforts pour nourrir mes enfants. J’ai perdu trois bébés parce que souvent j’arrivais tardivement à l’hôpital pour accoucher, après une journée de dure labeur pour laisser aux autres enfants de quoi manger », raconte-t-elle la voix cassée et les yeux baissés pour dissimuler des larmes.
Avec son mari, ils ont eu dix enfants mais seulement quatre ont pu grandir. Elle a dû supporter seule le poids du foyer. Et de marteler : « Des dix naissances, je suis toutes les fois partie seule à l’hôpital. Je rentrais avec un bébé dans les bras, personne pour m’accueillir mais par contre des ordres à respecter fusaient de partout. Il me frappait sans tenir compte de mon état de sante. Je devais subvenir à ses besoins et ceux des enfants. Je n’avais pas le choix. Je devais retourner vite travailler. J’ai passé sept longues années de souffrance. Je peux soupirer maintenant qu’il n’est plus là. »
Comme elle le raconte, son mari a fini par engrosser une fille et l’a pris comme seconde épouse mais celle-ci ne savait pas cultiver la terre. C’est pourquoi il venait toujours prendre de sa récolte. Elle a longtemps pleurée mais a décidé de se battre pour ses enfants, sans attendre quoi que ce soit de la part de son mari : « J’ai continué à travailler doublement pour subvenir aux besoins de mes enfants et garder ma dignité. Quand j’ai appris l’existence de cette association, j’ai participée pour trouver où recharger les batteries et apprendre des expériences des autres. »
Un cas non loin d’être isolé
Aujourd’hui ses enfants ont grandi, confie-t-elle avec sérénité. Deux d’entre eux travaillent et lui font souvent des surprises en lui achetant un joli pagne, une bière à la fête de mamans ou pour d’autres occasions. C’est pourquoi elle encourage d’autres femmes de ne pas rejeter la faute de leurs maris sur les enfants. Pour elle, ce sont des innocents qui n’ont pas demandé à être là.
Le cas de Gérardine n’est pas isolé. Hillarie Kubwimana a connu le même sort. Elle a eu 7 filles. Cette fois-ci, la raison d’être maltraitée était qu’elle n’a jamais eu de garçons. « Il me répétait qu’il n’avait pas pu avoir d’héritier. Pour lui j’étais en train d’exterminer la famille », se remémore-t-elle tristement.
Son mari la frappait, lui privait de nourriture, pour cette raison. Parfois, il la chassait, et elle passait la nuit dehors dans le froid. Il a donc fini par vivre avec une concubine pour chercher une progéniture masculine. Délaissée avec ses sept filles, sa seule force pour continuer le chemin restait le bonheur de ses enfants. Elle vend des amarantes et des fruits pour subvenir aux besoins de ses enfants. Parfois elle va cultiver pour les autres. Un mauvais matin, une pluie torrentielle détruit sa maison. Ne sachant pas à quel saint se vouer, Hillarie elle s’est confié à l’association « Nihe agaciro ». Six autres femmes membres l’ont aidée à reconstruire sa maison.
Quatre ans après, son mari se pointe, déçu par sa nouvelle relation. Il a eu honte et est revenu à la maison. « Je lui ai pardonné pour ne pas priver à mes filles de grandir avec leur papa, mais il n’a rien changé. Seulement, l’avantage est qu’aujourd’hui je n’ai plus beaucoup d’attente. J’ai appris à me débrouiller. Ici, on nous a appris à nous responsabiliser », souligne-t-elle. Toutefois, Hillarie est obligée de cacher une partie de la récolte chez des voisins pour ne pas laisser les enfants mourir de faim.
Garantir l’avenir sans trop de risques…
Antoinette Ndayitegeyamashi est l’une parmi ces sept braves femmes qui forment l’association « Nihe agaciro ». Pour elle, elles se sont rassemblées pour dénoncer le mal, les violences subies par les femmes, pour se fortifier entre elles. L’avantage est l’entraide mutuelle. « J’aurais aimé un jour bénéficier d’un prêt petit soit-il pour nous permettre de survivre. J’exhorterais les banques surtout celles qui sont dirigées par les femmes de venir nous rendre visite, constater nos travaux afin de pouvoir nous faire confiance et nous octroyer des prêts, pour nous permettre d’améliorer nos vies. Même un million ou deux nous suffirait pour consolider notre business. Nous avons aussi besoin de renforcement de capacités sur la conception et la gestion de projet », plaide-t-elle.
Selon Brigitte Nibigira, conseiller socio culturelle de l’administrateur de la commune Mpanda, la commune accompagne psychologiquement ces jeunes femmes, et celles-ci aident la commune en ce qui concerne la prévention. Ces femmes sensibilisent à travers des sketches, puisant dans leur propre vécu.
Appel au changement de mentalités
Pour elle, le code de la famille devrait être maitrisé quelques jours avant le mariage afin que chacun des conjoints soit au courant de ses responsabilités et soit préparée et informée à l’avance afin de s’engager consciemment, et se comporter conformément à la loi pendant le mariage.
Il est donc grand temps de lanceraujourd’hui un appel solennel en faveur de ces femmes courageuses, abandonnées par leurs conjoints, mais qui se battent chaque jour pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. A bas la résignation ! Ces femmes ont aussi le droit de vivre convenablement. Ces héroïnes du quotidien, bien que privées de soutiens matériels, ne manquent ni de détermination, ni de projets. Plaidons pour qu’elles aient accès à des prêts bancaires adaptés, où les exigences de garanties ne deviennent pas des obstacles insurmontables, afin de leur permettre de bâtir une vie digne et prospère. Ensemble, engageons-nous à soutenir ces femmes dans leur quête d’autonomie et de justice économique, pour un Burundi sans violences basées sur le genre !




