L’absence de prise en compte des besoins réels de la population dans la conception et la mise en œuvre des projets publics engendre des conséquences profondes, parfois tragiques. De la résistance silencieuse à la violence ouverte, les signes de rejet se multiplient, fragilisant durablement la cohésion sociale.
Lorsque les décisions publiques s’imposent sans concertation, elles attisent les frustrations, creusent le fossé entre les élites et la population et affaiblissent le tissu social. Pour le sociologue Tharcisse Bimenyimana, le peuple burundais a toujours su résister, même dans le silence. Il évoque un épisode emblématique de l’époque coloniale : « Les colons imposaient la culture du café, une plante étrangère aux traditions agricoles locales. Les paysans, contraints d’obéir, simulaient leur coopération. La nuit, ils arrosaient les plants avec de l’eau chaude pour les faire mourir sans éveiller les soupçons. »
Selon lui, ce geste dépasse le simple sabotage : « C’est une forme de résistance pacifique, une manière de dire non sans le dire. Lorsqu’un projet public est perçu comme imposé, sans lien avec les réalités locales, il devient un corps étranger. La population peut s’y soumettre en apparence, mais le rejeter en profondeur. »
Ce rejet silencieux, poursuit M. Bimenyimana, entraîne des conséquences sociales durables : « On observe une non-appropriation des projets, une méfiance croissante envers les autorités et des frustrations qui s’accumulent. »
Kefa Nibizi, président du parti Codebu, partage ce constat. Selon lui, cette résistance passive peut évoluer vers des formes plus violentes : « Lorsque les frustrations ne trouvent aucun exutoire, elles finissent par exploser. La population peut se soulever contre l’autorité. Cette situation peut provoquer des dégâts matériels et humains, des emprisonnements, ou pousser des citoyens sur le chemin de l’exil. »
Promouvoir une gouvernance participative
Abdul Kassim, président du parti UPD Zigamibanga, insiste sur les conséquences humaines de cette fracture persistante : « Quand les gens ne se sentent pas écoutés, ils se replient. Ils murmurent leur colère, puis la crient. Et parfois, ils la hurlent dans la violence. »
Cet homme politique souligne également les tensions communautaires et les traumatismes liés à la colère refoulée : « On voit des familles se diviser, des voisins se haïr, et cette haine se transmettre de génération en génération. »
Pour lui, la solution passe par une refondation morale de la gouvernance : « Il faut s’imprégner réellement des valeurs démocratiques, pas seulement les brandir dans les discours. Les projets doivent émerger des besoins locaux, et non d’ambitions centralisées. Surtout, il faut écouter les voix discordantes : elles ne sont pas des ennemies, mais des sentinelles. »
De son côté, Kefa Nibizi rappelle que gouverner, c’est avant tout écouter : « Il faut instaurer un dialogue permanent entre les élus et les citoyens. Les urnes doivent également être respectées, car c’est par elles que s’exprime la volonté populaire. »
Le sociologue Tharcisse Bimenyimana conclut sur une note de responsabilité politique : « Un leader doit être visionnaire, mais aussi responsable. Lorsqu’il échoue, il doit avoir le courage de démissionner. »




