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Baisse du dollar : pourquoi les prix ne suivent pas ?

Malgré la chute récente de la valeur des devises, l’espoir d’une baisse des prix n’a pas été au rendez-vous. La population s’attendait à voir les marchandises suivre la tendance et diminuer, mais les tarifs restent élevés, y compris pour les produits locaux où la baisse ne dépasse pas 100 à 200 Fbu. Face à ce décalage persistant, les citoyens exigent désormais des mesures concrètes pour que la baisse du dollar se traduise enfin dans leur panier d’achat….

Après être tombé de 7 300 à 5 700 BIF sur le marché noir avant de remonter autour de 6 300 BIF, le dollar a connu une volatilité qui a suscité bien des attentes… vite déçues. Si quelques grossistes ont brièvement revu leurs tarifs à la baisse par crainte de pertes, les détaillants, eux, n’ont rien modifié, arguant que leurs stocks avaient été achetés au plus fort du dollar. Résultat : la baisse annoncée n’a presque pas atteint le consommateur.

Quelques produits alimentaires de l’ancienne province de Bujumbura ont enregistré de légères baisses : l’huile de coton est passée de 22 000 FBU à 20 000 FBU, voire 18 000 FBU selon les points de vente ; l’huile de palme a chuté de 15 000 FBU le kinju à environ 12 000 FBU ; le kilo de banane est descendu de 2 000 à 1 700 FBU.

Mais sur le terrain, la réalité reste contrastée. Le 24 novembre, au marché de Sion, les prix observés étaient les suivants : haricots Kinure à 3 200 FBU/kg, haricots jaunes à 4 800 FBU/kg, riz local de première qualité à 7 000 FBU/kg — contre 6 000 FBU en septembre — et riz tanzanien à 10 000 FBU/kg. Quant au maïs, son prix varie selon la qualité : 2 500 ou 2 200 FBU/kg.

Du côté des matériaux de construction, certains commerçants du quartier Asiatique confirment une baisse notable des prix par rapport aux trois derniers mois. Les tôles dites tube en offrent un bon exemple : le modèle de 40 cm de largeur est passé de 42 000 à 40 000 FBU, celui de 30 cm de 35 000 à 31 000 FBU, et celui de 20 cm de 22 000 à 20 000 FBU.

Le fer à béton importé du Kenya suit la même tendance : la barre de 10 mm de diamètre se vend désormais 52 000 FBU, tandis que celle de 8 mm coûte 31 000 FBU. Le demi HS, utilisé pour la fabrication des portes, est quant à lui proposé à 68 000 FBU l’unité.

Les tôles blanches connaissent également une légère décrue : celles qui valaient 40 000 FBU sont à présent à 35 000 FBU, et les modèles vendus auparavant entre 47 000 et 48 000 FBU sont aujourd’hui affichés à 44 000 FBU.

Malgré ces ajustements, les commerçants soulignent que, même en baisse par rapport aux années précédentes, les prix restent encore relativement élevés.

Les consommateurs se lamentent

Au marché de Sion, plusieurs acheteurs déplorent le maintien de prix jugés trop élevés, malgré la chute récente du dollar. Ils disent ne pas comprendre pourquoi les produits cultivés localement restent aussi coûteux alors qu’ils ne dépendent pas des importations.

P. H. résume ce sentiment partagé : « Aujourd’hui, le Mukeke est devenu un produit de luxe, réservé à ceux qui en ont les moyens. Même les Ndagala, autrefois accessibles, ne baissent que temporairement. Nous ne comprenons pas pourquoi les prix grimpent autant alors qu’il s’agit de produits disponibles dans notre propre pays. »

D’autres acheteurs citent le cas du riz cultivé au Burundi, dont le prix peut atteindre 7 000 FBU alors qu’aucun dollar n’est nécessaire à sa production. À ce niveau-là, expliquent-ils, certains préfèrent se tourner vers le riz tanzanien, considéré comme de meilleure qualité.

Ces consommateurs demandent à l’État de vérifier si la réglementation des prix, autrefois mise en place, est toujours respectée, ou d’adapter les tarifs en fonction de l’évolution du marché. L’objectif, disent-ils, est de trouver un équilibre juste entre les intérêts des commerçants et ceux des acheteurs.

Pierre Nduwayo: _« Il est difficile pour les autorités d’imposer une baisse des prix en se basant sur le marché noir, puisque le taux de change officiel reste inchangé. »

Du côté de l’Association burundaise des consommateurs (ABUCO), on constate que les prix des produits de première nécessité n’ont pas baissé, malgré la hausse de la valeur de la monnaie nationale sur le marché noir.

Pierre Nduwayo, président d’ABUCO, avance trois explications : la hausse observée sur le marché noir n’a pas de fondement économique solide, les marchandises importées récemment ne sont peut-être pas encore arrivées, et les commerçants trouvent souvent des prétextes pour augmenter les prix. Mais quand il s’agit de les réduire, même pour des raisons valables, ils traînent.

Il conclut en soulignant la difficulté pour les autorités d’imposer une baisse des prix sur la base du marché noir, puisque le taux de change officiel demeure inchangé.

Faustin Ndikumana : « Quand les gens iront dans les banques au lieu de passer par le marché noir, le système se régulera, car cela montrera que les devises sont réellement présentes dans le pays. Tant que ce n’est pas le cas, la baisse du dollar ne peut pas entraîner de changements. »

Faustin Ndikumana, de Parcem, rappelle que le prix du dollar a brièvement chuté jusqu’à 5 000 FBU, mais que cela n’a pas entraîné une baisse immédiate des prix des marchandises. « Si l’on analyse, cette baisse a été éphémère. Le taux de change de 5 000 n’a duré qu’une à deux journées avant de reprendre sa hausse », explique-t-il.

Il ajoute : « On ne peut pas affirmer que la baisse du dollar entraîne automatiquement une réduction des prix. Les stocks importés mettent du temps à arriver sur le marché. Ce n’est pas parce que le dollar baisse aujourd’hui que les importations se font immédiatement et que les prix s’ajustent instantanément. » Selon lui, les produits actuellement en vente ont été achetés avant la chute du dollar.

Il conclut en précisant que si le dollar baisse parce que les importations ralentissent, alors rien de nouveau n’entre dans le pays, ce qui peut même provoquer une hausse des prix en raison de la rareté. « Dans cette situation, il n’y avait aucune raison que les prix des produits diminuent simplement parce que le dollar avait baissé », insiste-t-il.

Accès aux devises, clé des prix abordables

Certains commerçants expliquent que les prix n’ont pas baissé malgré la chute du dollar, car les marchandises importées restent coûteuses. Quant aux produits locaux, leur prix n’a guère diminué non plus, en raison du manque de carburant, qui oblige à transporter les denrées depuis les régions intérieures à des coûts élevés.

Ils demandent que les devises soient plus accessibles, afin de faciliter l’approvisionnement et, par conséquent, de permettre une réduction des prix pour les consommateurs.

Lors d’un entretien accordé à Bonesha FM, l’expert en économie Diomède Ninteretse a expliqué pourquoi les prix des produits de première nécessité, en particulier les produits importés, ne diminuent pas de manière significative.

Selon lui, la principale raison est que les commerçants peinent à obtenir les devises étrangères auprès de la Banque de la République du Burundi (BRB) ou des banques commerciales. Face à cette difficulté, ils se tournent alors vers le marché noir pour compléter les devises manquantes.

Cette situation entraîne une hausse des prix, puisque si un dollar coûte environ 3 000 FBU à la BRB, il peut atteindre 6 000 FBU sur le marché noir. L’expert souligne également que la pénurie de carburant pousse certains commerçants à se fournir eux aussi sur ce marché parallèle, ce qui contribue à maintenir les prix élevés.

Il appelle enfin le gouvernement à redoubler d’efforts, afin de permettre aux commerçants d’accéder aux devises étrangères dans les banques officielles, en fonction de leurs besoins réels.

Quant à Faustin Ndikumana de la Parcem, il insiste sur le fait que la situation ne pourra évoluer que lorsque les devises seront suffisamment disponibles dans le pays. Selon lui, la circulation effective des devises se mesure au fait que les commerçants puissent importer librement et retourner ensuite vers les banques pour leurs transactions.

Il explique : « Quand les gens iront dans les banques au lieu de passer par le marché noir, le système se régulera, car cela montrera que les devises sont réellement présentes dans le pays. Tant que ce n’est pas le cas, la baisse du dollar ne peut pas entraîner de changements. »

Pour observer une évolution tangible, conclut-il, il faudrait que les devises abondent dans les banques commerciales pendant deux à trois mois, afin que les marchandises déjà achetées et en transit arrivent sur le marché et que l’on constate qu’elles ont été acquises à un prix plus bas.

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