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Autonomie et dignité retrouvées : le combat de l’association Kariwabo pour les mères célibataires

L’association Kariwabo a aidé des jeunes filles et des femmes démunies, toutes mères célibataires, à sortir de la marginalisation, de l’isolement et du sentiment d’inutilité. Le véritable combat est celui de l’autonomisation des personnes vulnérables. Elle a offert aux femmes du quartier Kibenga-Lac une formation dans un programme appelé « Nawe nuze ». Quant aux jeunes étudiantes de l’Université du Burundi, elles ont suivi un module sur le leadership personnel.

Selon Josephine Ndimira, initiatrice de l’association, Kariwabo œuvre depuis six ans et a déjà soutenu plus de 60 femmes à Kibenga-Lac. Elles vivaient dans des maisons inachevées, souvent six à huit mères seules dans une même habitation, sans nourriture suffisante ni vêtements adéquats. Elles vivaient la main tendue.

Josephine Ndimira, initiatrice de l’association Kariwabo:  » Nous leur avons montré comment s’organiser en petits groupes d’épargne afin de lancer des activités génératrices de revenus et ainsi améliorer leurs conditions de vie. »

Elle explique : « Nous les avons trouvées dans des conditions de vie très précaires, régulièrement envahies par les inondations du lac Tanganyika et de la rivière Kanyosha. Nous leur avons montré comment s’organiser en petits groupes d’épargne afin de lancer des activités génératrices de revenus et ainsi améliorer leurs conditions de vie. »

Dans ce cadre, cinq femmes ont reçu chacune 50 000 BIF pour démarrer un commerce et, à leur tour, après remboursement, elles ont transmis ces petits fonds à leurs cohabitantes. Cette approche a compté six cohortes. Certaines bénéficiaires gèrent aujourd’hui des activités telles que le commerce de charbon, de fruits et légumes ou encore une cantine de midi.

La solitude, une menace silencieuse

Floride Manirambona, mère de deux enfants, témoigne que l’association Kariwabo lui a ouvert l’esprit. Grâce à un petit capital, elle a pu démarrer une activité dont elle est fière aujourd’hui.

Floride Manirambona, l’une des bénéficiaires.

Elle raconte : « Kariwabo m’a trouvée dans une situation très difficile. Je vivais dans une maison inachevée, la pluie entrait, le lac Tanganyika débordait et la rivière Kanyosha envahissait mon habitation. Faute d’alternative, je restais dans l’eau. »

Par la suite, Kariwabo est intervenue pour former les femmes à l’épargne collective.
« La formatrice nous a conseillé de cotiser 200 francs chacune, un montant à notre portée. Nous avons commencé sans même posséder deux pagnes, mais aujourd’hui chacune peut en acheter, payer les uniformes scolaires, les cahiers et les stylos de ses enfants sans s’endetter. »

Elle ajoute : « Kariwabo nous a ensuite accordé un capital de 600 000 BIF à deux. Nous avons choisi de vendre du charbon. Nous avons commencé avec 10 sacs. Aujourd’hui, les fournisseurs nous font confiance et peuvent nous donner à crédit des marchandises d’une valeur pouvant atteindre quatre millions de BIF. Tout cela est possible grâce au soutien de Kariwabo. Je leur suis profondément reconnaissante de m’avoir sortie de la solitude et de la misère. »

Un impact élargi dans la communauté

Les cinq leaders qui ont commencé les crédits en rotation ont pu rayonner dans la communauté et créer des groupements Nawe Nuze comptant jusqu’à 245 membres, y compris des fonctionnaires.

Francine Ntahomvukiye, habitante du quartier Kibenga, zone Kinindo, commune Muha, mère d’un enfant, explique que les membres de Kariwabo leur ont témoigné de l’amour et les ont accompagnées vers l’autonomisation : « Aujourd’hui, à Kibenga, il existe sept associations issues de cette initiative qui nous a ouvert l’esprit et appris à devenir autonomes. Elles m’ont appris à épargner petit à petit et à travailler en groupe. »

Elle souhaite toutefois bénéficier de formations sur la collaboration avec les institutions de microfinance afin d’accéder plus facilement aux crédits : « L’argent épargné est souvent conservé sur les comptes des responsables. Nous aimerions être formées pour travailler directement avec les institutions de microfinance et demander nous-mêmes des prêts. »

Les « Inamutwenzi » : des jeunes étudiantes à soutenir

Kariwabo soutient également des étudiantes mères célibataires de l’Université du Burundi, appelées « Aurore-Inamutwenzi », parce qu’elles ont fait le choix de renouveler leur cycle de vie. Selon Josephine Ndimira, l’association a identifié ces étudiantes parce qu’elles sont souvent rejetées par leurs familles et abandonnées par les pères de leurs enfants, avant de leur offrir un accompagnement.

Elle précise : « Une jeune fille dans cette situation est souvent stigmatisée et considérée comme une ratée. Elle s’isole et perd confiance en elle. Nous les incitons à la valorisation de soi et les sensibilisons à préparer leur avenir en tant que parent seul. »

Témoignage d’une étudiante bénéficiaire

Akimana Alceste, étudiante en troisième année à l’Université du Burundi, témoigne : « Quand Kariwabo m’a trouvée, j’étais isolée, découragée et sans espoir. Grâce aux formations reçues, j’ai compris que le fait d’avoir un enfant ne faisait pas de moi une fille sans valeur. Il faut simplement accepter la situation et chercher à restaurer sa personnalité. »

Akimana Alceste, étudiante à l’Université du Burundi.

Elle ajoute : « Grâce à Kariwabo, j’ai retrouvé confiance en moi. Je n’ai pas encore terminé mes études, mais je rêve de suivre une formation complémentaire dans un métier concret afin de pouvoir vivre sans dépendre du père de l’enfant, qui ne m’aide pas. »

Elle appelle d’autres organisations à collaborer avec Kariwabo afin d’aider davantage de jeunes filles vivant des situations similaires. Certaines de ces étudiantes exercent un petit commerce de fruits et légumes, mais il leur est difficile de concilier les études et ce type d’activité. Kariwabo envisage ainsi d’initier un projet d’épicerie solidaire qui servirait également de cadre de socialisation.

Activité de mobilisation des jeunes

Le 9 janvier 2026, sous le thème « Oser entreprendre pour soi-même », l’association Kariwabo, avec l’appui de CARE Burundi, a organisé une conférence-débat réunissant d’autres associations et des entrepreneurs. L’objectif était de partager des expériences et d’apporter des conseils aux jeunes bénéficiaires de Kariwabo afin de les encourager à mieux s’inscrire dans le processus national d’entrepreneuriat et à mieux construire leur projet d’avenir.

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