Dans l’opinion, certains récits se multiplient autour de paroles non vérifiées et bouleversent le quotidien. Qu’il s’agisse de croyances, de ressources, de processus communautaires… autant de sujets où la rumeur supplante les faits. Ces propos non fondés circulent librement, alimentant tensions, isolement et méfiance.
Entre accusations de sorcellerie, pénuries de carburant, spéculations sur les engrais et méfiance électorale, les discours non fondés prennent le pas sur les faits et fragilisent la vie communautaire sur la sous-colline Kigereka, colline Buhororo, en commune Bubanza, de la province Bujumbura.
Marie* (43 ans), habitant les lieux, dit vivre dans l’angoisse depuis que son mari est décédé : « On tente de me faire croire qu’il a été victime de sorcellerie. On a même accusé certains individus comme étant les responsables de sa mort. Mais, je ne l’ai jamais cru parce qu’on ne m’a présenté aucune preuve tangible. C’est immoral d’incriminer quelqu’un à propos des pratiques superstitieuses ».
Ces affirmations, souvent infondées, isolent les individus et détruisent les liens familiaux. Antoine* (67 ans), habitant lui aussi cette contrée, dénonce une logique perverse. « Ici, quand une personne tombe malade, il y’a des individus qui cherchent toujours à porter le chapeau de cette souffrance à une autre personne, en l’accusant de pratique de la magie noire », déplore-t-il
Par ailleurs, le retard et la gestion opaque de l’approvisionnement en engrais dans cette localité nourrissent des spéculations plus radicales.
Les raisons avancées à propos de la non disponibilité des engrais, se plaint Marguerite*(37 ans), habitant elle aussi Kigereka, sèment le doute et la confusion, alimentant ainsi une certaine méfiance au sein de la population : « On n’est pas approvisionné en engrais, alors qu’on a payé l’avance. On parle de rupture du stock à l’usine, mais aussi de pénurie du carburant comme cause de ce retard de l’approvisionnement. Pendant ce temps, on voit des véhicules qui amènent ces fertilisants dans notre commune, alors que la campagne agricole a démarré. On s’imagine parfois que certaines autorités bloquent les engrais pour eux-mêmes, sans se soucier de nous la population. »
Le tissu social en lambeau
Par-dessus le marché, les récentes élections des chefs de colline ont été souvent entachées de soupçons. Les affirmations gratuites sur des arrangements secrets minent toujours la confiance vis-à-vis du verdict des urnes. « Il y’a des individus qui disent que les candidats à ces postes politiques ont soudoyé les électeurs pour gagner le vote. A vrai dire, je n’ai jamais vu personne donner quoi que ça soit pour être élu. Ce sont des mensonges, des rumeurs non fondées puisque la campagne électorale s’est déroulée librement et dans un climat apaisé sur cette colline. Personne n’a été empêché de mobiliser ses partisans », indique Gérard*, habitant lui aussi la colline Kigereka.
Pour lui, ceux qui accusent les élus d’avoir acheté le vote populaire le font par jalousie : « Ils sont malheureux de n’avoir pas remporté le scrutin, et usent de tous les moyens pour discréditer le processus électoral, par ricochet le candidat élu. Leur volonté est peut-être de ternir l’image de ce dernier, afin que la population perde sa confiance en lui. »
Abondant dans le même sens, Joachim Nduwumukama, secrétaire exécutif permanent de la commune Bubanza, souligne que des affirmations gratuites peuvent semer la zizanie, la haine entre la population, du fait que celle-ci, ou bien les partisans d’un parti, peuvent se chamailler ou se battre avec ceux d’un autre parti, suite aux accusations ou affirmations non fondées : « S’ils se battent, il y a des violations qui se manifestent. Il peut y avoir des dégâts humains ou matériels qui peuvent s’observer. Dans ce cas, vous comprenez qu’il y a des violations qui peuvent être punies par la loi. »
Selon Hélène Mpawenimana, experte en communication, les affirmations gratuites sont des informations diffusées par les personnes qui visent leurs propres objectifs, ou veulent défendre leurs propres intérêts, ou bien manipulent l’opinion.
Il y en a qui le font pour attirer l’attention ou se faire remarquer, non pas pour nuire, mais parce qu’elles ne savent pas que ce qu’elles font peut causer des problèmes dans la société : « Ils utilisent des messages tels que « ce groupe est responsable de tous les problèmes que vit le pays aujourd’hui », ou bien « telle autorité est coupable de l’usage ou l’exploitation exagérée des biens publics, par exemple les voitures ». Il y en a qui disent que certaines voitures sont utilisées dans les exploitations agricoles de certaines autorités. De tels discours peuvent provoquer des difficultés qui peuvent engendrer pas mal de problèmes pour le pays. Parce que de tels discours sont généralement de fausses informations, en provenance des personnes peut être ignorantes de la situation. »
Ainsi, insiste cette experte, ces affirmations gratuites peuvent causer des divisions sociales, des conflits communautaires, ou bien même mener le pays dans une situation de crise sans précédent : « Elles peuvent être l’origine de la perte de confiance entre les membres de la communauté, perte de confiance entre les gouvernants et les gouvernées, et ça peut même entacher l’image du pays. »
Développer l’esprit critique

Toutefois, explique Mme Mpawenimana, afin de faire face à telles informations, la toute première chose à faire c’est d’avoir l’esprit critique : « L’esprit critique renvoie à la recherche. Les personnes qui reçoivent de tels messages doivent chercher à trouver l’origine, la source de ces messages, et cherchent à trouver une source fiable pour trouver la vérité. Elles doivent éviter de diffuser de tels discours non fondés, des affirmations gratuites. J’encourage toute personne à vérifier les faits avant de penser à diffuser des messages. Ainsi, on pourra maintenir la paix, la cohésion sociale et le dialogue. »
Du côté de l’administration communale de Bubanza, Joachim Nduwumukama, secrétaire exécutif permanent de cette commune, informe que pour décourager la propagation de ces affirmations gratuites, l’administration locale procède toujours à la convocation de toutes les parties en conflit, afin d’étudier le cas ensemble : « Mais si cela se répète, nous portons plainte à la justice, pour que la personne qui accuse injustement une autre personne puisse être punie conformément à la loi. »




