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Justice

Affaire Isaïe : un combat pour la justice sociale

 « Lorsque les puissants constatent que tu commences à émerger dans les affaires, certains s’apprêtent à te dépouiller et à te ruiner. » Ce que j’ai vécu pourrait arriver à d’autres jeunes.

Dans une interview accordée au magazine Jimbere, ce jeune, réhabilité par le Président de la République, raconte son combat dans un récit poignant.

Pouvez-vous vous présenter ? 

Isaïe Ndayihimbaze, fondateur de la Maison Isan: Jai été réhabilité par le président de la République

Je m’appelle Isaïe Ndayihimbaze, 32 ans, et suis fondateur de la Maison Isan, spécialisée dans la fabrication des produits d’hygiène et des produits cosmétiques. Mon entreprise a débuté les activités en 2021 de façon légale. Cette entreprise présente bien des avantages, car je payais les impôts et les taxes. J’avais répondu à une demande de la société en matière d’hygiène et de santé, mais aussi j’avais embauché 11 personnes et plusieurs familles qui vivaient grâce à mon initiative.

Dans une discussion des jeunes avec le Président de la République, le 11 avril dernier, nous avons appris que des gens avaient tenté de te prendre ton entreprise. Que s’est-il passé ?

 Normalement, nous travaillons dans un secteur délicat. Car lorsque les puissants constatent que tu commences à émerger dans les affaires, certains s’apprêtent à te dépouiller et à te ruiner.  Cet espace que vous voyez, je l’ai loué. C’était un endroit non exploité et laissé aux herbes. Quand nous avons conclu l’accord avec le bailleur, j’ai aménagé le terrain, en y installant ces machines que vous voyez. C’est après l’installation que j’ai reçu une lettre portant renvoi.   Sans penser à l’argent que je venais d’investir, ni à la valeur de ce que je venais de mettre en place, ils m’ont chassé. C’est là que le combat a commencé. Pour trouver une raison valable de me faire tomber, ils ont commencé à m’accuser d’autres choses, afin de me faire passer pour un malfaiteur, puis ils ont cherché comment me coincer…

J’ai été traîné, depuis les conseillers des villages jusqu’aux différents tribunaux, mais ce qu’ils faisaient était vraiment malveillant pour me faire tomber. Ils ont essayé de fabriquer des faux documents pour me rendre coupable…

 Depuis quand ?

Depuis décembre 2023, donc une année et demi. Il est arrivé un moment où moi-même, j’ai commencé à porter plainte auprès de différents tribunaux pour mener ce combat quoi qu’il en coûte. Chaque fois que je me rendais au tribunal, c’est moi qui perdais. Et même dans mes défaites, je voyais que j’étais dans un jeu sophistiqué. Je voyais que je pouvais aussi y rencontrer des difficultés. Car il y avait même des gens qui me disaient ouvertement : « Horreur à toi, si tu continues à poursuivre ce dossier. » Mais j’ai continué à me battre jusqu’au bout…

 As-tu été persécuté ? Si oui, comment ?

Oui car tous les responsables des tribunaux cherchaient à me décourager, me disant : « Tu n’as rien à faire ici », et affirmant que certains objets auraient été vendus par moi. Le tribunal de commerce a rendu un premier jugement (les mesures provisoires) indiquant qu’ils allaient me chasser après un mois, mais personne n’a jamais mentionné que je serais renvoyée d’un endroit où je travaille, et tous les équipements ont été déclarés appartenir à d’autres.

Le tribunal a rendu deux jugements différents : l’un disant qu’ils allaient me renvoyer dans six mois, l’autre dans un mois… J’ai alors dit : « Je n’ai rien à redire, je vais me conformer à ce qu’ils ont écrit. » 

Cependant, un certain jour, ils m’ont appelé au téléphone, me disant de venir, et je me suis retrouvé face à la police, au tribunal et aux autorités, qui m’ont sommé de signer. J’ai suivi ce qu’ils m’ont ordonné pour sortir paisiblement.

Mais au fond de moi, je restais ferme sur ce que la loi stipule, sans aucune ruse. Après cela, j’ai porté l’affaire en appel, mais les responsables des tribunaux continuaient de me dire que c’était impossible, qu’ils ne voulaient même pas m’accepter, ni me voir auprès d’eux.

Ils m’ont intimidé, me disant que je n’avais plus rien à faire. Réalisant que même ceux qui avaient le dernier mot ne voulaient rien faire pour m’aider, j’ai décidé de m’adresser au Président de la République, le juge suprême. D’après ses paroles, tous ceux qui sont soumis à l’injustice se sont réveillés et ont corrigé leurs fautes.

 Quelle leçon tires-tu de cette affaire ?

L’entrepreneuriat est une vocation. Personne ne s’y engage dans l’espérance d’y trouver des facilités. Le combat est perpétuel. Soit tu es dedans, soit tu en sors ou que tu t’y prépares. Nous sommes dans un pays où beaucoup de gens n’ont pas encore bien associé leur esprit au chemin du développement.

L’espace de la maison Isan, saccagé avec tous les équipements

Ce n’est pas facile, cela demande de l’endurance. Il y a des moments où tu es persécuté, et tu te lèves pour aller te battre avec l’adversaire, mais celui qui s’oppose à toi n’est pas à ta hauteur. Ce qui m’a aidé à réussir, c’est l’attitude que j’ai adoptée.

Je conseille aux jeunes de bien s’informer dans quoi ils s’engagent. Lorsque tu commences une activité, ne te précipite pas. Sache que le diable est à l’œuvre. Les jeunes, au lieu de croire qu’ils peuvent tout, doivent apprendre à savoir comment se comporter jusqu’à ce qu’ils réussissent.

Et le jour de la délivrance arriva. Raconte-nous

En m’invitant à cette rencontre avec le président, je trouve le plan de Dieu. Car ce jour-là, il y avait un plan pour que les responsables des tribunaux viennent tout détruire, et effacer toute trace de mes biens. Ils avaient déjà amené d’autres matériels pour y installer. Donc, étant donné que cela s’est produit, je vois que c’était l’œuvre de Dieu. Je remercie Dieu qui m’a bien traité. Je remercie aussi le Président qui m’a défendu.

N’as-tu pas peur que ta sécurité soit en danger ?

Je n’ai pas peur du tout, car nous sommes tous en train de mener un combat et nous devons gagner. Les responsables de ce qui m’est arrivé devraient se repentir,  sinon ils seront punis. Récemment, lorsque je suis arrivé ici, le jour où ils sont venus me rendre l’espace, ils ont déchiré les pneus de ma moto. Mais cela n’a pas d’importance. Nous allons nous battre dans cette lutte, jusqu’au jour où nous verrons notre pays prospérer.

Je devais déjà avoir terminé de rembourser le prêt de 60 millions du PAEEJ via la banque BBCI. Et pour les équipements que vous voyez, je devais avoir déjà terminé de les rembourser.

Quel conseil donnes-tu aux juges qui t’ont rendu de faux jugements ?

Qu’ils sachent bien que toutes les guerres qui se déroulent dans ce pays sont causées par une justice mal établie… Ils doivent comprendre que ces sièges où ils sont assis, ils doivent être de sages hommes. Qu’ils ne se laissent point corrompre par des intérêts économiques au péril de l’équité. Je conseille aux juges d’être véridiques et de prendre en compte l’intérêt général, de cesser d’injustement accuser les gens.

Cela fait un an et demi que je suis en crise. Le secret que je n’ai jamais rendu public, c’est que je suis sorti d’ici pour aller travailler dans ma chambre. Je suis allé chez mon père pour commencer à y fabriquer des savons, afin de satisfaire mes clients. J’ai vécu dans la misère, j’étais dans le besoin, j’ai travaillé dur, j’ai donné du travail à des gens. Est-ce cela la récompense que l’on donne à une personne qui a travaillé ?

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