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Lacs du Burundi : un potentiel immense face à des menaces croissantes

Pollution, érosion, sédimentation, surpêche, occupation anarchique des zones riveraines et changements climatiques mettent à rude épreuve les écosystèmes lacustres du Burundi. Pourtant, ces plans d’eau constituent un important réservoir d’eau douce et offrent de nombreuses possibilités dans la pêche, l’agriculture, l’aquaculture, le transport et le tourisme.

« Le lac Tanganyika est un atout majeur pour le développement du Burundi. Il s’étend sur 32 900 km² et est partagé entre quatre pays », a déclaré le Dr Jean Népomuscène Sindayihebura.

Le potentiel est immense, mais les défis le sont tout autant. C’est le constat dressé lors de la conférence intitulée « Les lacs du Burundi : opportunités, défis et actes manqués », organisée par la Radio La Benevolencija le 25 août 2026 à l’Hôtel Source du Nil, à Bujumbura, à l’approche de la Journée mondiale des lacs, célébrée le 27 août.

Parmi les intervenants, le Dr Jean Népomuscène Sindayihebura, enseignant universitaire et président de l’ASBL Lake Tanganyika Preservation, a insisté sur l’importance stratégique des lacs pour le développement du Burundi.

La présentation de Dr Jean Népomuscène Sindayihebura a mis en évidence l’importance des lacs pour le développement du Burundi. Le lac Tanganyika, partagé entre quatre pays, s’étend sur 32 900 km², avec un périmètre d’environ 1 850 km. La République démocratique du Congo en détient 14 800 km², soit 45 % de sa superficie, la Tanzanie 13 500 km² (41 %), le Burundi 2 600 km² (8 %) et la Zambie 2 000 km² (6 %). La partie burundaise représente, quant à elle, environ 159 km de rivage.

Au-delà de son importance géographique, continue Dr Jean Népomuscène, le Tanganyika se distingue par une biodiversité exceptionnelle. Il abriterait 2 156 espèces, dont 584 endémiques. Une richesse biologique qui s’accompagne d’un potentiel économique considérable dans plusieurs secteurs : pêche, transport, tourisme, agriculture et aquaculture. Sa production annuelle de poissons est estimée entre 17 000 et 22 000 tonnes, soit l’équivalent d’environ deux kilogrammes de poisson par Burundais.

Le Tanganyika n’est toutefois pas le seul atout lacustre du pays. Dans le nord du Burundi, indique Dr. Sindayhebura, les lacs Cohoha, Rweru et Kanzigiri représentent eux aussi des ressources importantes. Le lac Cohoha couvre environ 600 km² pour un volume estimé à 1,3 km³. Le Rweru s’étend sur près de 100 km², avec un volume de 0,5 km³, tandis que le Kanzigiri couvre environ 75 km² pour un volume de 0,2 km³. Ces plans d’eau, confie l’universitaire, offrent également des possibilités dans la pêche, l’agriculture, l’aquaculture, le transport et le tourisme.

Pollution et érosion : des menaces qui s’accumulent

Dans le nord du Burundi, indique le Dr Sindayihebura, le lac Cohoha, ainsi que les lacs Rweru et Kanzigiri, représente lui aussi une ressource importante.

Les écosystèmes lacustres sont confrontés à plusieurs sources de pollution. Les eaux usées domestiques, les déchets plastiques, les rejets industriels ainsi que les engrais et pesticides utilisés dans l’agriculture figurent parmi les principales menaces évoquées lors de la conférence.

Transportés par les eaux de ruissellement, ces produits peuvent finir dans les lacs et dégrader progressivement la qualité de l’eau.

Selon les données présentées par Dr Jean Népomuscène lors de la conférence, le Burundi aurait importé en 2025 un peu plus de 11 000 tonnes d’huiles, de graisses et de déchets d’huiles. Une partie de ces produits finirait directement ou indirectement dans le lac Tanganyika. Des rejets provenant d’industries installées à proximité du lac ainsi que certaines activités menées le long de la Rusizi ont également été évoqués, même si leurs volumes restent encore insuffisamment documentés.

A cette pollution s’ajoute l’érosion des sols. Comme l’indique Sindayihebura, la déforestation des bassins versants et certaines pratiques agricoles accélèrent le ruissellement et favorisent le transport des terres vers les cours d’eau et, finalement, vers le lac.

Cet universitaire estime qu’environ 100 000 tonnes de sols seraient déversées chaque année du Mumirwa dans le Tanganyika, contribuant ainsi à l’augmentation de la sédimentation.

L’occupation anarchique des zones riveraines constitue une autre source de préoccupation. Les participants dans cette conférence ont notamment rappelé l’importance de préserver les zones tampons et de respecter la bande riveraine de 150 mètres, afin de limiter la dégradation des écosystèmes et de réduire les risques liés aux activités humaines.

Une ressource halieutique qui peine à atteindre son plein potentiel

Selon une estimation d’experts présentée lors de la conférence, 90 % des poissons du lac Tanganyika mourraient de vieillesse, faute d’une pêche professionnelle suffisamment développée.

La pression ne concerne pas uniquement l’environnement physique des lacs. Les ressources halieutiques sont elles aussi menacées par la surpêche et certaines pratiques jugées non durables.

Selon une estimation d’experts présentée lors de la conférence, 90 % des poissons du Tanganyika mourraient de vieillesse, faute d’une pêche professionnelle suffisamment développée.

Au-delà de la donnée, le constat met en évidence un paradoxe : alors que le lac dispose d’une ressource halieutique importante, le Burundi peine encore à en tirer pleinement profit sur le plan économique.

Pour Dr Sindayihebura, le pays dispose des ressources nécessaires pour développer une véritable économie autour de ses lacs, mais celles-ci restent insuffisamment exploitées. La pêche professionnelle demeure peu développée, tandis que le potentiel de l’aquaculture reste encore largement à exploiter.

Le transport et le tourisme, des opportunités à saisir

Le transport lacustre constitue également une piste de développement. Long d’environ 677 km, le lac Tanganyika pourrait jouer un rôle plus important dans le déplacement des personnes et des marchandises entre les pays riverains.

Selon les données présentées lors de la conférence, le transport du carburant combinant le rail et le transport lacustre pourrait notamment permettre de réduire les coûts de 20 %.

Le secteur touristique révèle, lui aussi, un potentiel largement inexploité. Selon Sindayihebura, les chiffres touristiques présentés pour 2025 illustrent l’écart entre le Burundi et certains pays de la région : 7,9 millions de touristes au Kenya, 5,9 millions en Tanzanie, 1,6 million en Ouganda, 1,49 million au Rwanda, contre environ 150 000 au Burundi.

Pour les participants, ces chiffres traduisent autant un retard qu’une opportunité. La valorisation des sites lacustres, le développement des infrastructures touristiques et l’amélioration de l’offre pourraient contribuer à faire du lac un véritable moteur de l’économie bleue.

Des mesures pour passer des recommandations à l’action

Face à l’ampleur des défis, les participants appellent avant tout au respect des textes qui encadrent la protection de l’environnement. Ils citent notamment la Loi n°1/010 du 30 juin 2000 portant Code de l’environnement, le Code de l’eau de 2012 ainsi que le Décret n°100/22 du 7 octobre 2010 relatif aux études d’impact environnemental.

Certains participants proposent la création d’une structure spécifiquement chargée de la gestion et de la protection du lac Tanganyika.

La protection des lacs devrait également bénéficier d’un budget spécifique. Parmi les recommandations formulées figurent l’interdiction du rejet non traité des huiles et graisses, le reboisement des contreforts du Mumirwa, la protection effective des zones tampons, la mise en place d’un système national de suivi de l’état des lacs, le renforcement de la recherche universitaire, la sensibilisation des populations et un meilleur encadrement du secteur de la pêche.

L’objectif est selon les participants, de parvenir à une véritable économie bleue, fondée sur une exploitation durable des ressources. Cela passerait notamment par le développement de la pêche, de l’aquaculture, du tourisme et du transport lacustre, mais aussi par la mobilisation des investissements privés et étrangers.

Certains participants proposent la création d’une structure spécifiquement chargée de sa gestion et de sa protection. Deux pistes ont notamment été évoquées : la création d’un gouverneur du lac Tanganyika, qui ferait du lac la sixième province du Burundi, ou encore la mise en place d’un ministère du Tanganyika.

Pour les défenseurs de cette idée, une gouvernance spécifique permettrait de mieux coordonner les actions de protection, de gestion et de valorisation de cette ressource stratégique. Mais le Tanganyika ne s’arrête pas aux frontières du Burundi. Partagé entre le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Zambie, il impose une approche concertée entre les quatre pays riverains.

Au-delà des chiffres et des potentialités économiques, l’enjeu est celui de la préservation d’un patrimoine naturel dont dépendent des milliers de personnes. Pour les participants à la conférence, le défi est désormais de passer des constats aux actes : protéger les lacs aujourd’hui, c’est préserver à la fois l’environnement, l’économie et les moyens de subsistance des générations futures.

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