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Quand une opinion rejetée peut nourrir les divisions et les messages de haine

Sur la colline Buburu, en zone Gisozi, commune de Mwaro, des habitants racontent comment le rejet des opinions divergentes peut installer frustration, exclusion et méfiance au sein d’une communauté. Pour eux, lorsque certaines voix sont systématiquement ignorées, les groupes peuvent se diviser et les tensions s’installer.

Mwaro, province de Gitega, 15 juillet 2026. A Buburu, parler de la diversité des opinions n’est pas une simple question de principe. Dans les réunions, les organisations ou au sein des familles, pouvoir exprimer son point de vue et être écouté peut faire toute la différence. A l’inverse, lorsqu’une personne voit systématiquement son opinion rejetée ou méprisée, la frustration peut peu à peu laisser place au découragement, à la méfiance et aux divisions.

Derrière une opinion rejetée, expliquent certains habitants de la colline Buburu, il peut y avoir une personne qui se sent exclue. Et derrière cette exclusion peuvent progressivement se former des groupes opposés, avec le risque de voir les tensions dégénérer en conflits.

Quand la parole refusée laisse des blessures

V.H., habitant âgé de Buburu, garde en mémoire une réunion au cours de laquelle son intervention avait été brutalement écartée. Il souhaitait partager une idée sur ce qui pouvait contribuer au développement de sa communauté.

« Je donnais mon avis lors d’une réunion consacrée à l’examen de ce qui pouvait contribuer au développement. Quelqu’un m’a interrompu en disant : “Je le connais, il ne peut rien dire de valable. Il n’a jamais rien à dire.” Lorsque vous présentez une bonne idée et qu’elle n’est pas acceptée, cela fait mal », raconte-t-il.

Pour lui, la blessure ne vient pas seulement du fait que l’idée n’a pas été retenue. C’est surtout la manière dont elle a été rejetée qui peut laisser des traces. Lorsque ce type de situation se répète, le sentiment d’être mis à l’écart peut s’installer. Et lorsqu’il touche plusieurs personnes, les conséquences peuvent dépasser le cadre d’une simple réunion.

« Lorsqu’on prive quelqu’un de la parole, cela peut provoquer des conflits, que ce soit dans la famille ou dans n’importe quel autre milieu auquel il appartient. Il peut avoir le sentiment d’être mis à l’écart », poursuit-il.

Pour cet habitant, l’histoire du Burundi montre aussi que le refus du pluralisme peut avoir des conséquences plus larges. Il évoque notamment la crise de 1993, estimant que le fait de monopoliser la parole, de refuser les opinions différentes ou de les ignorer peut contribuer à créer un terrain favorable aux violences.

Le découragement gagne ceux qui n’osent plus parler

Diane Nsabumutima, habitante de Buburu, zone Gisozi, commune de Mwaro: « Il arrive que le refus d’une opinion crée un groupe qui soutient la personne concernée et s’oppose à ceux qui prennent les décisions. Cela peut mettre les gens les uns contre les autres. Des conflits apparaissent et ce que vous vouliez réaliser finit par échouer. »

Le rejet d’une opinion peut également produire un effet moins visible, mais tout aussi préoccupant : le silence. Diane Nsabumutima, habitante de Buburu, explique qu’une personne qui voit son point de vue systématiquement écarté peut finir par renoncer à prendre la parole.

« Lorsque vous présentez une opinion et qu’elle n’est pas acceptée, vous avez l’impression d’être mise à l’écart. Vous ne vous sentez plus à votre place pour continuer à parler », témoigne-t-elle.

Le phénomène peut alors se propager. Celui qui avait une idée préfère se taire après avoir vu une autre personne subir le même sort. Peu à peu, la peur du rejet réduit l’espace de dialogue.

Pour Diane, le problème peut aussi être lié aux préjugés : « Il y a des moments où ceux qui n’acceptent pas votre opinion le font parce qu’ils vous méprisent. Parfois, ils se basent sur votre apparence ou parce qu’ils ont déjà une mauvaise opinion de vous », explique-t-elle.

Dans ces conditions, le débat ne porte plus uniquement sur la pertinence d’une idée. La personne qui la porte peut elle-même devenir la cible de jugements ou de propos dévalorisants.

Et lorsque les frustrations s’accumulent, les divisions peuvent prendre forme. « Il arrive que le refus d’une opinion crée un groupe qui soutient la personne concernée et s’oppose à ceux qui prennent les décisions. Cela peut mettre les gens les uns contre les autres. Des conflits apparaissent et ce que vous vouliez réaliser finit par échouer », déplore-t-elle.

Pour éviter cette situation, elle appelle les responsables à écouter les différentes propositions avant de retenir celles qui répondent le mieux aux besoins de la communauté.

Des opinions différentes, une richesse plutôt qu’une menace

Pour J.B.N., autre habitant de Buburu, la diversité des opinions ne devrait pas être perçue comme un obstacle à l’action collective. Elle peut, au contraire, permettre de trouver de meilleures solutions. « De même que les personnes sont différentes, leurs opinions sont différentes. C’est en réunissant ces opinions que nous pouvons construire quelque chose de positif », affirme-t-il.

T.B., une autre habitante de Buburu, zone Gisozi, commune Mwaro, province Gitega: « Le problème devient plus grave lorsque le rejet des opinions se transforme en confrontation entre groupes. Des conflits apparaissent, avec des groupes qui soutiennent des opinions différentes. Ces groupes finissent par se détester et commencent à se faire du mal. »

Mais, selon lui, certaines pratiques limitent encore cette diversité dans les espaces de décision. Il cite notamment les réunions au cours desquelles les décisions semblent déjà prises avant même que les participants soient invités à s’exprimer. Dans ce cas, la réunion ne devient plus un espace de discussion, mais plutôt un moment destiné à faire approuver une décision déjà arrêtée.

J.B.N. estime également que certains responsables peuvent considérer l’acceptation d’une opinion différente comme une remise en cause de leur autorité. Des expressions comme « vous n’êtes pas parmi les nôtres » ou « vous êtes des traîtres » peuvent alors servir à discréditer ceux qui ne partagent pas le même point de vue.

Pour lui, un responsable devrait plutôt reconnaître que les personnes qu’il dirige peuvent avoir des idées « pertinentes, importantes et constructives ».

T.B., une autre habitante de Buburu, en a elle-même fait l’expérience au sein d’une organisation. « J’ai présenté une opinion dans une organisation, mais je n’ai pas été écoutée. J’ai été très déçue. J’ai été obligée d’accepter les opinions des autres. J’ai eu le sentiment d’avoir été traitée injustement », témoigne-t-elle.

A ses yeux, le problème devient plus grave lorsque le rejet des opinions se transforme en confrontation entre groupes. « Des conflits apparaissent, avec des groupes qui soutiennent des opinions différentes. Ces groupes finissent par se détester et commencent à se faire du mal », avertit-elle.

Dans les situations les plus tendues, ajoute-t-elle, les frustrations peuvent même conduire à la vengeance et à la violence.

Aux responsables de créer un espace où chacun peut parler

Pour Denis Niyungeko, chef de la colline Buburu, certaines opinions exprimées par les citoyens ne sont effectivement pas suffisamment prises en compte. Une situation qui, selon lui, mérite d’être prise au sérieux en raison des frustrations qu’elle peut engendrer.

« Nous devons donner de la valeur aux opinions qui nous sont présentées. Certaines personnes peuvent même recourir à la violence pour se venger parce qu’elles ont le sentiment d’avoir été traitées injustement », affirme-t-il.

De son côté, il dit privilégier l’écoute et la réconciliation lorsqu’un différend surgit au sein des organisations de la colline.

Cette responsabilité revient particulièrement aux dirigeants, estime Vianney Ndayishimiye, expert en leadership. Pour lui, l’incapacité à écouter les opinions différentes peut révéler une faiblesse dans la manière de diriger. « Cette attitude peut, à terme, alimenter des divisions profondes, des conflits et même des violences de masse », explique-t-il.

L’expert identifie notamment deux facteurs susceptibles d’expliquer ce comportement : l’orgueil et le manque de confiance en soi.

Un responsable trop sûr de lui peut penser qu’il détient toutes les réponses et qu’il n’a besoin des conseils de personne. A l’inverse, celui qui doute de ses propres capacités peut craindre qu’une autre personne propose une meilleure solution ou mette en lumière certaines de ses erreurs.

Pour Vianney Ndayishimiye, l’écoute et le dialogue doivent donc occuper une place centrale dans le leadership. « Un leadership efficace sait écouter, dialoguer et prendre en considération les contributions de chacun », conclut-il.

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