Le Burundi se lance sur la voie de la mobilité électrique. Face à la crise des hydrocarbures, le gouvernement vient de mettre en place des mesures incitatives aux propriétaires des engins électriques. De surcroit, le gouvernement interdit l’importation des véhicules thermiques dès l’année prochaine. Cette politique écologique suscite de nombreuses interrogations sur la capacité du pays à réussir à se passer des énergies fossiles.
La phase de transition vers l’utilisation des véhicules électriques est enclenchée pour réduire la dépendance aux énergies fossiles. La loi des finances pour l’exercice 2026-2027 prévoit une sertie de mesures pour inciter les usagers de la route à acheter massivement les véhicules électriques. Entre autre avantages fiscaux accordés aux importateurs des véhicules électriques et hybrides : l’exonération detous droits, taxes et redevances à l’importation aux véhicules, motos et tricycles électriques.
Les véhicules thermiques dans le viseur du gouvernement
En outre, les véhicules, motos et tricycles hybrides sont exonérés de la taxe de consommation et de la TVA à l’importation. Les véhicules hybrides bénéficient également de mesures fiscales destinées à faciliter leur entrée sur le marché burundais. L’article 221 prévoit, quant à lui, qu’à partir du 1er janvier 2027, les nouvelles voitures de type jeep et les petites voitures importées devront être électriques ou hybrides, y compris celles acquises par les services publics.
Cette orientation intervient alors que l’utilisation de ces moyens de transport gagne du terrain. Selon Pierre Nizigiyimana, responsable d’un programme d’accompagnement de la mobilité électrique, au 31 mai 2026, le Burundi comptait déjà 250 véhicules électriques, 198 véhicules hybrides et 57 motos ou tuk-tuk électriques. Dans le but de faciliter l’entretien de ces engins, le gouvernement vient d’exonérer de la TVA l’importation et la vente locale des pièces de rechange destinées exclusivement aux engins électriques et/ou hybrides y compris les services de montage ou de réparation.
Une riposte à la crise du carburant

La pénurie de carburant pèse lourdement sur la mobilité, et partant sur l’économie. Les files d’attente devant les stations-service et les arrêts bus en disent longs. Cette situation reflète un dysfonctionnement du secteur des transports qui dicte le quotidien des citoyens. « Le secteur des transports est malade et doit être soigné », déplore Pamphile Malayika, ancien député. Pour lui, le pays connait depuis des années des difficultés d’approvisionnement en carburant. Il estime que la transition électrique constitue une bonne orientation, mais elle nécessite une préparation suffisante.
Du côté des utilisateurs, ils apprécient positivement la politique de promotion des véhicules électriques. Un propriétaire d’un véhicule électrique rencontré à la station de recharge en face de Kira Hospital explique que son usage lui procure moins de stress et le cout d’exploitation est abordable par rapport au carburant. Son véhicule dispose d’une batterie de 60 kWh et il peut estimer la quantité d’énergie restante pendant le trajet.
Une dépendance au carburant en est la cause
Pour Pierre Nizigiyimana, le principal intérêt de cette transition est de réduire progressivement les dépenses liées à l’importation du carburant. Les ressources économisées pourraient ainsi être orientées vers d’autres secteurs prioritaires, insiste-t-il.
Les véhicules électriques présentent également des avantages pour les utilisateurs : coûts d’exploitation réduits, entretien moins fréquent et absence d’émissions directes de fumée. Ils sont écologiques. Nizigiyimana estime que cette évolution s’inscrit aussi dans les efforts mondiaux de réduction de la pollution et de protection de l’environnement.
Des solutions de financement pourraient par ailleurs faciliter l’accès à ces véhicules. Selon lui, certaines banques envisagent déjà des « crédits verts » permettant aux clients d’acquérir ces moyens de transport et de rembourser progressivement leur investissement.
Les grands défis persistent
Malgré l’engagement ferme des pouvoirs publics pour accompagner les investisseurs, le secteur reste confronter à plusieurs défis.La réussite de cette transition ne dépend toutefois pas uniquement de la suppression des taxes. Le Burundi dispose encore de très peu de stations de recharge par rapport à l’augmentation exponentielle de ces engins ultramodernes. Selon Pierre Nizigiyimana, seules deux stations sont actuellement exploitables avec une capacité encore limitée.
Une idée soutenue par Mme Ingabire Nice Joana, responsable commerciale d’une station de recharge. Elle révèle que certaines bornes peuvent accueillir jusqu’à quatre véhicules par jour. Et Mme Ingabire d’annoncer que des projets d’installation de nouvelles stations à travers le pays sont envisagés afin d’accompagner l’augmentation du parc électrique.
La pièce manquante du puzzle
L’évolution des technologies prennent les garagistes aux dépourvus. Il y a un manque criant des garages spécialisées pour réparer les véhicules électriques. Les initiatives locales pour rassembler les deux roues électriques par substitution ne suffisent pas pour compenser le gap. Selon Christophe Masabarakiza, chargé des opérations chez Top Injection, estime qu’il faut anticiper la formation des mécaniciens et faciliter l’accès aux pièces de rechange. Il appelle également à une meilleure organisation du réseau électrique afin d’éviter une pression excessive sur l’électricité disponible.
Pamphile Malayika insiste, ancien député, quand lui, insiste sur la nécessité de préparer les infrastructures avant de rendre la mesure pleinement contraignante : routes adaptées, garages spécialisés, mécaniciens formés, pièces de rechange et stations de recharge accessibles.
Une mesure prise sans études préalable
L’expert Nizigiyimana propose notamment la vulgarisation a grande échelle des stations de recharge à énergie solaire, afin de réduire la dépendance au réseau électrique traditionnel. Il souligne aussi l’importance d’introduire la mécanique électrique dans les programmes de formation.
De son côté, Pamphile Malayika estime que l’État doit d’abord mettre en place les préalables nécessaires avant l’entrée en vigueur complète des nouvelles exigences. Il s’agit notamment de renforcer les infrastructures, former les professionnels et rendre les véhicules accessibles à une plus grande partie de la population.
Les bornes de recharge avant tout
Avec la croissance de l’adoption des véhicules électriques sur les marchés africains, le véritable obstacle n’est plus seulement le nombre de véhicules, mais aussi la fiabilité et la résilience des infrastructures de recharge dans les régions où le réseau électrique reste instable, limité ou inexistant. Le premier projet de borne de recharge rapide solaire 100% du Burundi est bien plus qu’une simple installation. Il démontre concrètement qu’une solution intégrée combinant solaire, stockage et recharge rapide en courant continu peut permettre de déployer en Afrique une infrastructure de mobilité plus propre, plus fiable et plus résiliente.
La suppression des taxes à l’importation constitue donc un premier levier, mais elle ne suffit pas à elle seule. La réussite de la mobilité électrique au Burundi dépendra surtout de la capacité du pays à développer simultanément les infrastructures de recharge, la formation technique, le financement et la production d’électricité.




