Au lendemain du 39ème Sommet de l’Union africaine qui a porté le Président burundais à la tête de l’organisation continentale, Jimbere Magazine a rencontré l’Ambassadeur Willy Nyamitwe. Dans cet entretien à partir de la capitale éthiopienne, le diplomate revient sur la stratégie déployée à Addis-Abeba, la nouvelle orientation de la diplomatie burundaise et les retombées attendues pour les Burundais.

Que répondez-vous à ceux qui vous créditent personnellement d’un rayonnement accru du Burundi sur le continent, à travers votre poste à Addis Abeba?
Je pense que c’est une lecture erronée de ce qui se passe. En principe, un ambassadeur travaille sur instruction de la capitale. Les missions diplomatiques mettent en œuvre la politique extérieure de leur pays. Toutes les initiatives prises sont d’abord validées ou instruites par la capitale. Cela signifie que tout ce que nous faisons ici est le fruit d’un travail collectif. Ce n’est jamais l’œuvre d’une seule personne, mais d’une équipe entière qui agit sur la base d’instructions claires données par le pays. Par exemple, pour parvenir à la présidence de l’Union africaine, l’initiative vient directement de la Présidence de la République et du Ministère des Affaires étrangères, avant d’être relayée à Addis-Abeba, au siège de l’Union africaine. Ce n’est donc jamais l’ambassadeur Nyamitwe seul, ni le ministre seul. C’est une équipe qui met en œuvre une politique clairement définie par le Chef de l’État.
Quels sont les initiatives diplomatiques lancées d’Addis Abeba pour améliorer l’image et l’influence du Burundi sur la scène continentale ?
Le Burundi a d’abord restructuré sa diplomatie et mis en œuvre une politique extérieure claire. Aujourd’hui, le ministère des Affaires étrangères intègre également la coopération au développement. En intégrant la coopération au développement, on dépasse la diplomatie classique pour adopter d’autres stratégies, notamment pour attirer les investisseurs. À Addis Abeba, nous mettons en œuvre ces priorités, tout en renforçant la diplomatie culturelle.
Nous avons en effet suivi les prestations appréciées de la troupe culturelle Amagaba…
En effet, Ainsi, nous participons à des manifestations culturelles afin de promouvoir une image positive du Burundi. Plutôt que d’attendre que les gens viennent au Burundi, nous avons choisi d’amener le Burundi vers eux. Cette approche permet aux publics de découvrir le pays, ce qui suscite ensuite l’envie de s’y rendre. Nous avons ainsi contribué, en grande partie, à redorer l’image du pays.
Autrefois, lorsque l’on évoquait le Burundi, les gens associaient malheureusement le pays à des souvenirs douloureux : violences, divisions interethniques, images de conflits. Aujourd’hui, cette perception évolue.
La perception du leadership burundais évolue-t-elle également?
On parle désormais d’un Chef de l’État au service de la Nation, proche de la jeunesse, engagé pour le continent. On évoque une jeunesse burundaise dynamique, qui rayonne et qui peut servir de modèle à l’échelle africaine. On perçoit aussi un pays qui assume un leadership au sein des organisations régionales et continentales, un pays au cœur de l’Afrique, au sens propre comme au sens figuré; un pays qui lutte contre la pauvreté tout en affrontant des défis similaires à ceux des autres nations, mais avec la volonté de progresser et d’inviter les autres à cheminer ensemble.
L’image que nous souhaitons projeter est celle d’un pays qui met tout en œuvre pour se frayer un chemin dans un multilatéralisme aujourd’hui fragilisé. Un pays attaché aux valeurs, porteur d’une vision claire, notamment la Vision 2040-2060, et engagé dans la construction de « l’Afrique que nous voulons » conformément à l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
En quoi la diplomatie burundaise à Addis-Abeba est-elle aujourd’hui différente de celle d’il y a quelques années?
Il serait difficile d’affirmer que la diplomatie actuelle est fondamentalement différente. La diplomatie menée à Addis-Abeba s’inscrit dans le cadre du multilatéralisme, tout comme celle qui se déroule à New York, Bruxelles ou Genève. Ceux qui travaillent dans le bilatéral ont des responsabilités d’ordre bilatéral ; ceux qui œuvrent dans le multilatéral interviennent dans ce cadre spécifique.
La différence s’inscrit plutôt dans l’évolution de la structure gouvernementale. Le ministère des Relations extérieures est devenu le ministère des Affaires étrangères. À celui-ci ont été ajoutées la coopération au développement, puis l’intégration régionale.
Chaque évolution institutionnelle entraîne de nouvelles responsabilités et élargit le champ d’action des missions diplomatiques, qu’elles soient bilatérales ou multilatérales.
Ainsi, la diplomatie menée à partir d’Addis-Abeba s’inscrit dans la politique extérieure impulsée par le chef de l’État. Car le premier diplomate d’un pays demeure son chef d’État. Nous mettons donc en œuvre sa vision et sa politique. Voilà la principale différence.
Quels bénéfices directs les citoyens burundais peuvent-ils tirer des actions diplomatiques menées à Addis-Abeba ?
Tout d’abord, un peuple isolé est voué à l’échec. Aucun pays ne peut prospérer dans l’isolement. Lorsque le Président du Burundi préside l’Union africaine, il ne le fait pas pour lui-même ni uniquement pour le Burundi, mais pour l’ensemble du continent. Comme il l’a souligné dans son discours, cette présidence se veut inclusive. Elle implique tous les ministères sectoriels, appelés à briller par l’exemple et à apporter leur contribution. Elle concerne également les organes de l’État et la société civile. Et lorsqu’on parle de société civile, il ne s’agit pas seulement des organisations structurées, mais de l’ensemble du peuple. Le peuple burundais peut donc tirer profit de cette présidence en faisant preuve d’exemplarité, en valorisant les bonnes pratiques et en se positionnant comme un modèle au sein du continent africain.




