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Bujumbura : quand le désordre routier s’installe, la sécurité routière mise à l’épreuve…

La circulation s’intensifie sur les principales artères de Bujumbura.

A Bujumbura, les routes deviennent parfois un terrain de confrontation entre conducteurs, piétons et motocyclistes. Feux tricolores hors service, excès de vitesse, passages piétons peu respectés et transport rémunéré non autorisé : les défis de la sécurité routière persistent. Face à cette situation, la Police de la circulation routière (PCR) annonce de nouveaux dispositifs pour mieux contrôler les comportements à risque et rendre les routes plus sûres.

Feux tricolores hors service…

Il est environ 18 heures. La circulation s’intensifie sur les principales artères de Bujumbura. Des voitures s’engagent dans les carrefours, les motocyclistes ayant l’autorisation de circuler dans la ville cherchent à se frayer un passage tandis que les piétons attendent, parfois plusieurs minutes, avant de traverser. Aux abords des routes, la quasi-totalité des feux tricolores ne fonctionnent plus. C’est la « débrouillardise » qui prime sur le code portant régulation de la circulation routière.

Installés en 2017 sur 18 carrefours des routes de Bujumbura avec l’appui de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale, à travers l’entreprise chinoise Sinohydro Tianjin, ces dispositifs devaient contribuer à fluidifier la circulation et à améliorer la sécurité des usagers.

Certains automobilistes rencontrés dans la ville estiment que la panne des feux complique considérablement la circulation. Pour eux, l’absence d’une régulation automatique rend difficile l’alternance des flux de véhicules, particulièrement en fin de journée, lorsque les routes sont fortement encombrées.

La police intervient parfois pour réguler la circulation, mais les usagers déplorent que les agents ne soient pas systématiquement présents à tous les carrefours concernés. Ils craignent également que cette situation favorise les accidents, notamment lorsque les conducteurs adoptent des comportements dangereux ou roulent à une vitesse excessive.

Des équipements en pannes ou cognés

A l’Agence Routière du Burundi (ARB), l’existence du problème est reconnue. Les techniciens expliquent que plusieurs facteurs sont à l’origine de l’arrêt de certains feux.

Dans plusieurs cas, des équipements essentiels, notamment les batteries et les panneaux solaires, ont été volés. Certains feux ont également été endommagés après avoir été percutés par des véhicules.

A cela s’ajoute une autre difficulté : l’accès aux pièces de rechange. Plusieurs composants nécessaires à la réparation de ces équipements sont devenus difficiles, voire impossibles, à trouver sur le marché. Une situation qui explique pourquoi certains feux restent hors service pendant de longues périodes.

Les techniciens de l’ARB annoncent l’acquisition en cours de nouveaux feux tricolores plus modernes. Leur installation à différents carrefours est prévue cette année. Selon eux, les fonds nécessaires ont été débloqués par l’Etat et le processus d’acquisition des équipements est déjà avancé.

Ces nouveaux dispositifs devraient être équipés de systèmes de vidéosurveillance. L’objectif est notamment, selon la ARB, de pouvoir identifier les personnes qui volent ou endommagent les équipements destinés à réguler la circulation. Une manière de protéger ces infrastructures et d’assurer leur fonctionnement dans la durée.

Mais les feux tricolores ne constituent qu’une partie émergée de l’iceberg. Sur les routes burundaises, d’autres comportements continuent un danger réel pour les usagers.

La vitesse, un défi toujours difficile à maîtriser

Excès de vitesse, dépassements dangereux, conduite sous l’influence de l’alcool, utilisation du téléphone au volant ou encore mauvais état des véhicules : les causes potentielles d’accidents sont nombreuses.

Face à ces comportements, la Police de la circulation routière (PCR) affirme maintenir les contrôles et les sanctions prévues par la réglementation. Mais elle entend également revoir ses méthodes, notamment en matière de contrôle de la vitesse.

Le commissaire de la Police spéciale de roulage, Citegetse Etienne, reconnaît que certains dispositifs de régulation de la vitesse (radars de police) utilisés auparavant ont aujourd’hui disparu sur les routes. Une situation qui pourrait donner l’impression que le contrôle de la vitesse a été abandonné.

 « Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait d’autres moyens d’améliorer le système de contrôle de vitesse », explique le commissaire.

La PCR annonce ainsi la préparation de nouveaux équipements destinés à renforcer le contrôle de la vitesse. L’objectif est d’améliorer l’efficacité du dispositif et de mieux prévenir les comportements à risque.

Les piétons plus que jamais exposés aux accidents

A proximité des écoles, des marchés et des zones très fréquentées, une autre scène est devenue familière : des piétons attendent au bord de la route pendant que les véhicules roulent à toute vitesse. Il faut s’armer du courage pour y glisser son pied et engager la traversée :

Le non-respect des passages piétons constitue une autre préoccupation pour la PCR. Certains conducteurs ne ralentissent pas suffisamment ou ne cèdent pas le passage aux personnes qui souhaitent traverser.

Pour Citegetse Etienne, il s’agit avant tout d’un problème de discipline. « Lorsqu’un piéton s’engage ou s’apprête à traverser sur un passage qui lui est réservé, le conducteur doit ralentir, s’arrêter et lui céder le passage », rappelle-t-il.

Le respect de cette priorité est particulièrement important pour les enfants, les personnes âgées et les autres usagers vulnérables. Avec la rentrée scolaire qui approche, la question devient encore plus sensible autour des établissements scolaires et sur les axes fortement fréquentés aux heures de pointe.

Transport rémunéré : la PCR annonce davantage de contrôles

La police déplore également le transport rémunéré effectué avec des véhicules qui ne sont pas autorisés à exercer cette activité.

Selon Citegetse Etienne, la pénurie de carburant aurait poussé certains propriétaires ou conducteurs à utiliser leurs véhicules pour transporter des passagers contre rémunération, sans disposer des autorisations nécessaires.

La PCR rappelle que cette pratique est interdite. Les véhicules concernés peuvent être sanctionnés lorsqu’ils tombent dans les mailles du filet.

La police entend par ailleurs collaborer avec d’autres unités afin d’intensifier les contrôles et de décourager cette activité.

Pour exercer légalement le transport rémunéré, les intéressés doivent accomplir les formalités prévues par la réglementation auprès du ministère en charge des Transports et disposer des documents requis.

« S’ils veulent faire le transport rémunéré, ils n’ont qu’à s’adresser au ministère en charge des Transports pour être en ordre avec la loi », insiste le commissaire.

Motos : le respect des horaires reste de mise

La circulation de certaines motos au-delà des heures réglementaires constitue également une préoccupation pour la police, y compris dans les quartiers.

Dans les zones périphériques de la ville de Bujumbura, des habitants dénoncent l’utilisation de motos au-delà des heures réglementaires, qu’ils associent à des cas de vols.

Selon certains témoignages, deux personnes prendraient place sur une même moto : l’une assurerait la conduite, tandis que l’autre profiterait de la circulation pour arracher les sacs à dos ou les téléphones des piétons.

Face à cette situation, des habitants demandent l’intervention des services de sécurité, notamment de la police, afin de décourager ces comportements et de veiller au respect des heures de circulation réglementaires. Ils souhaitent ainsi qu’aucune moto ne puisse circuler au-delà de l’heure fixée par les autorités.

Citegetse Etienne reconnaît l’existence de tels cas, tout en précisant qu’ils concernent un nombre limité de contrevenants. Lorsque ces derniers sont interceptés, ils font l’objet de contrôles et de sanctions.

La PCR assure donc maintenir la surveillance afin de faire respecter les horaires et les règles applicables à la circulation des engins.

Des routes plus sûres passent aussi par des usagers plus responsables

Si les équipements de régulation peuvent contribuer à améliorer la sécurité, ils ne sauraient à eux seuls empêcher les accidents.

C’est également l’avis de Pacifique Nsabimbona, responsable de l’organisation BECA et spécialiste de la sécurité routière. Pour lui, les accidents sont le résultat de plusieurs facteurs liés à l’être humain, au véhicule, à la route et au système de prise en charge de la sécurité routière.

« C’est un problème multifactoriel qui est lié à l’être humain, au véhicule, à la route ainsi qu’à la manière dont la sécurité routière est prise en charge », explique-t-il.

Selon lui, les excès de vitesse, les dépassements dangereux, la conduite sous l’influence de l’alcool et l’utilisation du téléphone au volant figurent parmi les comportements à risque. L’état mécanique des véhicules, notamment les freins, les pneus et les feux, constitue également un facteur important.

Les chiffres disponibles illustrent l’ampleur du problème. Selon les données du ministère de la Sécurité citées par l’expert, plus de 17 000 accidents ont été enregistrés entre 2019 et 2022. Ils ont fait 2 997 morts et plus de 16 200 blessés.

Pour Nsabimbona, ces chiffres imposent des mesures de prévention durables. « La sécurité routière est la responsabilité de tous »

Pour réduire les accidents, l’expert appelle notamment à renforcer la formation des conducteurs, notamment ceux qui exercent professionnellement. La délivrance du permis de conduire devrait, selon lui, reposer sur des épreuves suffisamment rigoureuses pour s’assurer que le candidat possède les connaissances, les compétences et le comportement nécessaires.

Le contrôle technique des véhicules doit également être renforcé. Les véhicules présentant des défaillances au niveau des freins, des pneus, des feux ou d’autres éléments essentiels ne devraient pas être autorisés à circuler.

Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les conducteurs.

La conception même des routes doit intégrer la sécurité, estime Nsabimbona. Une signalisation visible, des passages piétons sécurisés et des aménagements adaptés aux motocyclistes et aux autres usagers vulnérables sont nécessaires.

« Il n’est pas normal d’attendre que de nombreuses personnes y perdent la vie avant de commencer à chercher des solutions », déplore-t-il.

Derrière les annonces de nouveaux dispositifs de contrôle de vitesse, les projets de remplacement des feux tricolores et les opérations de police, une même question demeure : comment faire de la sécurité routière une véritable culture collective ?

Pour Pacifique Nsabimbona, la réponse passe par la prévention plutôt que par la seule sanction. « Le plus important est que chacun considère la sécurité routière comme sa responsabilité personnelle. Nous ne réduirons pas les accidents en nous contentant de sanctionner ceux qui commettent des infractions. Nous les réduirons en éduquant, en prévenant, en contrôlant et en construisant des routes sûres. La sécurité routière est la responsabilité de tous. »

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